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« Le garçon qui avait perdu ses stims »

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Coucou du jeudi!

 

 

Après plein de billets plutôt bon enfant purs plaisirs, il était temps que je vous refasse un billet sérieux, non ? Et non c’est toujours pas mon billet sur les taxis. Note que ça grâce au titre vous vous en doutiez.

Et puis de toute façon,  ils élaguent pas avec le dos de la cuillère les beaux arbres du condo, donc j’ai pas vraiment tronche à faire un billet bon enfant : je sursaute à chaque bruit de tronçonneuse, et un frisson désagréable me coule dans le dos à chaque fois que j’entends le bruit d’une branche qui touche le sol.  Sans compter que je panique de savoir où tous les mynah qui dorment dans ces arbres vont dormir ce soir.  Cerise sur le gâteau, depuis cette nuit, un des frères à mi-temps d’Heidi est hospitalisé suite à une grosse crise d’asthme.  Leur appartement est directement sous les arbres en cours d’élaguage.

 

 

Reconnaissez qu’ils font un peu miteux ces beaux arbres… Regardez la quantité de branches sur le sol!

 

 

Non, l’actualité maison fait que je me sens pousser une envie irrépressible de vous parler autisme.

 

 

Comme toujours dans ce cas, quand je me lance sur le sujet, je suis ravagée de doutes et d’incertitudes comme rarement.  C’est les billets sur ce blog sur lesquels je me mets le plus à nu. Les billets avec lesquels je donne des armes pour m’attaquer.  Enfin ça et quand je vous parle d’écriture et de l’avancée de mes petits projets.

Il y a quelques semaines, il y a eu une synergie inattendue entre les deux. Un auteur autiste que j’apprécie beaucoup, Nathan McConnell, et dont je suis les publications depuis un moment, a publié un livre pour enfant. Il cherchait des traducteurs pour d’autres langues.  Son livre  « Le garçon qui avait perdu ses stims »  est sorti il y a un peu plus d’un mois en version anglaise,  et si la version papier ne s’affiche pas encore comme disponible au moment où je tape ce paragraphe, la version française de l’édition électronique est, elle, déjà en ligne. 

 

 

 

 

Viiiiiii il y a mon nom dessus, et je suis purée de fière ! Tellement fière à vrai dire que Bazinga me regarde d’un drôle d’air et semble se demander pourquoi je ne suis pas le centre de son univers comme d’habitude…   Je précise que c’est pas moi qui ai proposé le nom sur la couverture. Le livre et son intention me plaisaient de base, et je n’avais aucune idée quand je lui ai proposé mon aide que ça deviendrait un “vrai” job.*

 

 

Nathan a écrit le genre de livres que j’aurais adoré avoir quand j’étais petite, que j’aurais adoré avoir en tant que jeune maman qui tâtonnait avec Heidi.

 

 

( Non pas que j’ai cessé de tâtonner : soyons honnête, le mode d’emploi pour “faire pousser harmonieusement une Heidi” s’écrit au fur et à mesure qu’on en remplit les pages ! ) 

 

Un livre pour enfant autiste, écrit par un adulte qui le comprend. Le message est positif. Un poil militant, m’enfin j’ai toujours eu un côté militant. Demandez à Supergranny si vous ne me croyez pas 😅. Grandir autiste n’est pas une honte. Et ces comportements qui dérangent et que souvent les adultes tentent d’effacer, ont leur sens et leur rôle.

 

 

« Le garçon qui avait perdu ses stims » est un livre pour enfant qui manquait cruellement dans les bibliothèques.

 

 

Bon d’accord, je suis méga biaisée…  mais n’empêche que la représentation c’est important!  Etre le héros d’un livre, être celui à qui le livre s’adresse ( et non pas les frères et soeurs ou les copains)  c’est tout aussi important.  On a besoin de diversité dans la littérature enfantine.

Dans les débats sur l’autisme, on se retrouve trop souventencore dans la situation où le discours des adultes autistes est effacé, dévalorisé.  Trop souvent, c’est les vieux clichés qui circulent au lieu de connaissances actualisées. C’est sans parler des fois où les autistes sont utilisés comme le grand méchant loup pour alerter les gens d’un problème.

 

Bref…

 

Je sens que j’ai le rythme cardiaque qui s’emballe, et la grosse colère qui monte. On va réorienter pas très discrètement le billet sur un sujets plus doux. Et adresser une des questions brûlantes que vous avez sans doute depuis le titre du billet?

 

 

Une stim c’est quoi?

 

 

Une stim, en Français c’est un nouveau mot : l’abbréviation d’auto-stimulation.   C’est l’ensemble des gestes, comportements et répétitions qu’une personne autiste utilise pour  s’auto-réguler sensoriellement et émotionnellement. Les milieux anglophones étaient parti sur “Stimming” pour résumer à un mot toute cette belle définition. Dans le milieu médical en français, ils parlent plus souvent de stéréotypies.

 

Ça couvre des trucs aussi variés que se balancer d’avant en arrière, que de chantonner, répéter des mots, sauter à cloche-pied. On peut créer une stim à partir de tout et n’importe quoi.  Tout le monde – neurotypique ou neurodivers – a des stims.   La différence entre les autistes et les neurotypiques ne réside pas dans le fait d’avoir des stims, mais dans l’importance des stims pour être fonctionnel au quotidien. Pour se sentir bien dans sa peau.

 

 

 

 

 

Le truc “marrant” c’est qu’une stim c’est souvent le plus visible d’un autiste

 

 

Le truc sur lequel beaucoup de gens s’arrêtent. Dans l’imaginaire collectif trop souvent, stims et autisme se confondent. Beaucoup de gens les pensent symptôme d’autisme. Du coup au lieu de les comprendre, souvent les thérapeutes cherchent à les éliminer, croyant ainsi guérir la personne. Au lieu de les voir pour ce qu’elles sont, l’histoire qu’elles racontent,  que ce soit la joie, la douleur ou l’anxieté. Une stim télégraphie une émotion, et la quantité d’énergie excédentaire que la personne peut avoir.

Alors si la stim est culturellement acceptable – s’enrouler une mêche de cheveux par exemple – elle passe inaperçue.  Par contre sautiller sur place en se secouant les mains, trahit généralement la différence. Déclenche des regards de travers. La réprobation, voir de la peur chez les personnes qui n’ont jamais été exposées à des stims plus visibles.

Enfin sauf au seul moment culturellement acceptable pour le faire en tant qu’adulte: quand on vient de gagner le gros lot d’un jeu télévisé.

 

 

Sur cette constation troublante

 

 

Avouez que vous non plus vous n’aviez pas remarqué que le seul moment où un adulte neurotypique a le droit d’être submergé d’émotions qu’il se laisse aller à sautiller sur place ou se secouer les mains c’était un jeu télévisé.  Ça m’a fait un sacré choc, le jour où j’ai pris conscience de ça ! Est-ce que ça veut dire qu’un neurotypique ne ressent que si rarement des émotions intenses? 

 

Je me rends compte que j’ai à peine effleuré la surface de tout ce que j’ai à partager sur le sujet des stims.  Donc j’écris la suite dans le billet suivant.  Croisons les doigts, vu comme je suis lancée…. J’ai une chance de le finir vite!

 

Faut dire que je pense que je vais vous reparler du livre de Nathan… Je vous ai déjà dit que j’étais fière d’être associée à son aventure? 

J’ai aussi des chouettes ressources vlog à partager.

 

 

Bonne journée et à la prochaine!! 

 

 

 

 

 

 

 

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