autistiquement votre,  meri-philosophe,  Nerd un jour

Les fonctions exécutives…

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Je vous l’avais dit dans les billets de début avril…

 

 

Dès que je me lâche à parler autisme, j’ai tellement de trucs que je meurs d’envie de partager avec vous, que j’en perds mon latin, mon français, toute chance de m’exprimer compréhensiblement par oral et que je reste telle une vache qui regarde passer les trains devant ma page de brouillon espérant enfin qu’enfin tout s’éclaire et que je puisse enfin commencer à bosser.

Ah bin du coup, et si on commençait par un sujets passionnant: les fonctions exécutives.

 

 

Disclaimer de rigueur:  comme on dit souvent, quand tu as rencontré un autiste, tu as rencontré un autiste.  Malgré les stéréotypes qui persistent dans l’imagerie populaire qu’un autiste ressemble forcément Sheldon Cooper ou Shaun Murphy, on vient dans toutes les tailles, toutes les couleurs et tous les âges. Mariés ou célibataires, par choix ou pas, avec ou sans enfant, de toutes les orientations sexuelles, amoureux des maths ou détestant les Sciences.  Super sportif ou passionné par une discipline artistique ( Susan Boyle ou Anthony Hopkins pour ne pas les citer, vu qu’ils sont les deux ouvertement autistes.)  Introverti ou extraverti ( celui-ci il est traitre, j’y reviendrai un jour).  

Second disclaimer de rigueur: Tout ce qui est discussion sur les niveaux de sévérité, de “oui mais mon enfant, lui,  il n’est pas comme ça, lui,  il est vraiment handicapé” ne trouvera probablement pas une oreille patiente ici.  C’est une question d’auto-préservation d’une part, j’avoue que le rôle de la mère de famille neurotypique d’un enfant neurodivers j’ai beau essayer, j’arrive jamais très longtemps à m’y glisser. C’est aussi le fait que ce qui est maintenant ne sera pas pour toujours,  un enfant autiste est un enfant, il va grandir et évoluer ( le développement d’un cerveau autiste est moins prédictible que celui d’un cerveau neurotypique, avec comme conséquence marrante qu’un autiste reste très souvent beaucoup plus capable de changer, apprendre et évoluer qu’un neurotypique une fois adulte)    Enfin c’est le fait que les niveaux de sévérité, ce n’est pas là pour vous dire comment un autiste vit son autisme, mais comment les neurotypiques en contact avec l’autiste le vivent.  Ces étiquettages de sévérité nient souvent les difficultés des personnes que la société juge fonctionnelles et nient  en même temps les forces des personnes que la société juge peu fonctionnelles.   Ça c’est la version courte, pour la version longue, je vous mettrai le billet en lien ici quand il existera 😉

 

Bref.

 

Les fonctions exécutives késako?

 

 

C’est un ensemble de processus cognitifs hétérogènes de haut niveau, ou en langage plus abordable, tout ce qu’on a construit dans notre cerveau au cours des ans pour gérer les questions d’organisation, planification, gérer le temps et l’espace, être attentif, inihiber certains reflexes ou les pensées/ gestes qui ne sont pas socialement appropriés à une situation par exemple. Liste non exhaustive.

En gros derrière cette appellation limite barbare et indigeste, se cache un des processus cognitifs les plus basiques:  Savoir accomplir une tâche de A à Z

C’est un de ces trucs qu’on fait tous, à tous les instants de la journée, sans savoir comment ça s’appelle jusqu’à ce qu’un thérapeute ne te l’apprenne ( parce que par exemple tu as eu une attaque cérébrale et que c’est ce qui a été touché donc que tu sais plus payer tes factures ou parce que tu es le parent d’un enfant neurodivers, ou encore que tu te rendes compte que c’est ce qui fonctionne étrangement chez toi )

Parmi les pierres fondatrices des fonctions exécutives on trouve notamment:

  • la capacité de séquencer,  soit découper un processus en étapes qui facilite sa  mémorisation et sa reproduction efficace
  • son corollaire l’automatisation,  qui permet de faire quelque chose sans y penser consciemment ( Avez-vous besoin de vous rappeler activement comment vous faire un café d’une fois que vous connaissez la machine et l’emplacement des ingrédients?)
  • la capacité de généraliser et de latéraliser des compétences.  Là c’est le fait qu’on admette assez rapidement qu’on obtiendra toujours le même résultat ( au risque de le croire trop vite chez les neurotypiques).  Tous les jeunes parents la connaissent bien celle-ci, vu  que c’est d’elle que dépend la capacité d’un petit enfant à cesser de tenter l’ébouillantage à nous piquer notre café.    C’est aussi ce qui fait que si on apprend à payer des factures dans le cadre du travail, on se rend rapidement compte qu’on sait aussi le faire pour nos comptes personnels et vice-versa.

 

Quand on rentre dans l’univers fascinant des neurodivergences ( qu’elles soient développementales comme par exemple  l’autisme, le TDAH ou les dys’  ou acquises comme par exemple l’épilepsie, un AVC, un traumatisme cranien… )   on en découvre petit à petit l’étonnante richessse de ce qui tombe sous l’ombrelle des fonctions exécutives et on se retrouve à réaliser le nombre impressionnant de trucs qu’on fait sans y penser.

Bon d’accord peut-être que ça ne fascine que moi ( ou les gens dont c’est le métier)   mais je vous jure c’est passionnant…

C’est par exemple  dans la série je latéralise mes compétences: Heidi qui se brûle avec toutes les tailles de tasses en stock à la maison avant d’admettre que les tasses c’est souvent dangereux,  et refait de même en extérieur, parce qu’elle ne part pas du principe que ce qui est vrai avec une tasse à la maison l’est aussi avec une tasse en extérieur.

Ou encore, c’est la mère meri qui se souvient quasi systématiquement de la date d’un rendez-vous médical même s’il n’est noté nulle part, alors qu’elle est capable d’oublier le café du matin parce qu’il était pas noté en rouge dans l’agenda.

 

 

“Comment ça tu n’arrives pas à ouvrir une amande avec ton bec? Mais il sert à quoi alors?” ~Bazinga, qui continue de penser qu’on est des perroquets ratés

 

 

Vous voyez où je vous emmène avec mes histoires de fonctions exécutives?

 

 

L’enfance c’est un peu 100% du temps qui est passé à affiner ta capacité  à accomplir des choses, donc qu’en fait le truc sur lequel tu bosses le plus en tant que gamin c’est justement tes fonctions exécutives, et c’est par exemple quand le processus ‘je range ma chambre’ n’est pas au point qu’en tant que parent tu t’arraches les cheveux parce que nom d’un sparadrap mou, c’est pas compliqué de mettre 4 jouets en place, pourquoi transformer ça en 15 minutes de négociation et de scène????

En gros pour reprendre une famille de métaphore que j’aime bien, l’enfance c’est quand ton logiciel il est tellement en développement que c’est même pas une beta officielle. Régulièrement on découvre des trucs qui plantent et on met à jour le logiciel.

Alors déjà dans l’enfance, quand tes fonctions exécutives ne se développent pas au même rythme que tes pairs, c’est facilement coton.

Pourquoi?  Parce qu’on vit dans une société très normative, où on attend des individus qu’ils aient le même socle de connaissance et de capacités au même âge,  qu’on a fait des diagrammes avec les palliers, les compétences, et qu’on juge rapidement comme ineptes ou imparfaits ceux-lles qui ne peuvent atteindre les standards qui ont été fixés.  Un de ces quatre je me lancerai sans doute dans l’essai qui me travaille sur le fait que notre amour actuel de la normativité pourrait découler de ce que l’industrialisation a amené.  Ne parlons même pas de la certitude de bien trop de monde sur cette planète qu’il n’y a qu’une façon de faire juste, ou de la croyance que des concepts comme les conventions sociales sont des vérités absolues et non pas des mécanismes fluides évoluant sans cesse.

 

Mais revenons-en à nos moutons, l’enfance et ceux-lles que l’apprentissage des fonctions exécutives – qui ne sont souvent pas enseignées explicitement, c’est un de ces trucs qu’on prend par observation, en même temps qu’on apprend autre chose,  sans savoir qu’on l’apprend et qu’on l’enseigne – laissent sur le carreau.

 

Beaucoup de ceux laissés sur le carreau sont neurodivers, le plus souvent parce que le matériel ne leur est pas enseigné d’une manière compréhensible pour eux.  Je sais pas moi, Heidi qui n’arrivait pas à apprendre à faire des noeuds de chaussures avant que j’ai l’idée d’inverser la manoeuvre et d’échanger les mains par exemple.  Ou alors tout simplement parce qu’ils n’acquièrent pas certaines compétences au même âge que la plupart de leurs pairs neurotypiques.

On se souvient tous de ceux-lles  qui se font perpétuellement engueuler en classe parce qu’ils n’arrivent pas à venir en classe sans oublier la moitié de leurs affaires.

Mais en tant qu’adulte, des lacunes dans les fonctions exécutives ça peut devenir un vrai handicap (  imaginez perdre vos moyens face au fait de prendre soin de vous et de vous assurer de vous nourrir correctement plusieurs fois par jour, reconnaitre vos besoins en sommeil, on parle même pas de trucs plus  marrants comme gérer son budget ou payer ses factures)   et dans tous les cas ce n’est pas toujours facile à gérer pour l’estime de soi, surtout si on ne reconnait pas nos difficultés avec les fonctions exécutives pour ce qu’elles sont.

Il est facile de se flageller parce qu’on a de nouveau planté une date limite, qu’on a laissé pourrir la moitié de la nourriture dans le frigo, ou qu’il est vide. Bon sang on sait gérer des projets à plusieurs semaines en équipe au travail et on se fait surprendre à oublier de faire ses courses?

Comment peux-t-on être nulle à ce point?? 

 

 

 

“Euh je suis venue faire quoi ici déjà?” ~Nala-l’invitée-temporaire-encore-souvent-désarçonnée-par-le-fonctionnement-de-la-maison

 

 

Quand on comprend comment on fonctionne question fonctions exécutives, on arrive un peu mieux à en gérer nos point forts et nos faiblesses.

 

On se pardonne plus facilement nos échecs, et on essaie de construire explicitement avec nos points forts des moyens de diminuer l’impact des points faibles.

Pour moi en pratique ça se traduit par le fait que j’écris de plus en plus tout, et que je garde en permanence un bloc-notes à côté du clavier ou j’ai plusieurs to-do listes qui courent en parallèle:  les projets en cours à moyen/long terme et le programme du jour.   On y trouve des trucs que tout le monde a sur ses programmes du jour,  mais aussi des trucs comme écrire sms à untel ou mettre à décongeler le bidule, etc.

Ça se traduit aussi que je privilégie quand c’est possible l’écrit à l’oral.  Envoyer un message me coûte moins en énergie, et la réponse me reste mieux en tête, et recompile mieux dans la nouvelle version mise à jour de l’emploi du temps.

Ça se traduit aussi par le fait que j’ai constaté que souvent quand je bloque sur un truc à faire, il faut que je mette de la musique.  Je dois trouver la bonne chanson, et souvent la garder en boucle le temps de terminer la tâche.   C’est comme ça que pour une raison obscure  j’ai commencé ce billet en écoutant Eminem,  et je le finis/relis/édite en écoutant Becky G

( les goûts musicaux des neurones en charge du juxebox dans mon cerveau restent impénétrables! Ceci dit, parfois je commence à me dire que ça tient peut-être de la synesthésie,  je choisis une chanson qui me permet d’accéder efficacement au bout de logiciel dont j’ai besoin.  J’ai très souvent des chansons qui restent associés dans ma mémoire avec des choses que j’ai lu, des émotions que j’ai eu, et bam encore un article à rajouter dans la liste des idées à plancher dessus dès que possible…  )

C’est pas un truc miracle, hein, au contraire selon comment je l’utilise je vide les réserves d’énergie d’urgences à faire des choses que je n’avais pas les ressources pour gérer ce jour-là…  mais en moyenne c’est pratique à savoir!

 

 

Sur ce, j’ai une bonne nouvelle, vous pouvez retourner à vos activités normales…

 

 

Bonne fin de journée et bonne semaine ( de reprise pour ceux-lles dont c’est la fin des vacances)

 

Quant à moi je retourne au fond de mon lit ( Heidi a eu la gentillesse de me passer son dernier virus en date)  enfin sauf si les chats décident de se ficher sur la tronche parmi ( sachant qu’au moment où j’écris ces lignes ils sont les 4 en stabulation libre vu que les oiseaux sont déjà partis se coucher) et je vous donne rendez-vous tout bientôt pour des nouvelles aventures…

 

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