autistiquement votre,  meri-philosophe

Les écrans et nous et nous et nous

Je sentais qu’avec ce billet je vais pas me faire que des amies, raison pour laquelle il prend la poussière depuis longtemps dans les brouillons.

 

 

 

Il a été adapté/completé d’une intervention sur Singapour Nanas sur un de ces fameux sujets qui fachent: mais combien de temps laissez-vous accès aux tablettes et autres électroniques à vos enfants?

A noter que je vous donne le résultat final, d’une logique en évolution tranquille depuis des années…  

 

 

 

Je vais certainement passer pour une extra-terrestre ( mais peut-être en soulager certaines)  mais ici les règles vis à vis de l’électronique ne sont pas du tout vis à vis du temps qu’Heidi passe dessus.

 

 

 

Non, on a concentré nos efforts sur des choses apprendre à gérer des choses comme la protection de la vie privée, créer des mots de passe, la sécurité des données, ne pas être un cyberbully, savoir avoir un regard critique sur ce qu’elle voit, connaître les dangers du net.

Il faut dire qu’elle a un papa informaticien d’origine, photographe amateur, une maman blogueuse,   ce serait hypocrite et source sans fin de conflits que de lui restreindre l’accès à quelque chose qui est intégré dans tous les recoins de notre vie d’adulte à nous. ( parce que s’il y a un truc qui change vite Heidi en furie, c’est la certitude d’être face à quelque chose d’injuste et d’hypocrite).

 

 

Bornéo en 2008, Heidi pique déjà l’appareil de papa pour prendre ses photos…

 

 

A la place on se concentre plutôt sur le fait de traiter équitablement analogue et digital et d’appliquer les mêmes règles de vie.

 

 

Si l’enfant est en pleine partie de foot avec les copains au playground, et que c’est l’heure de rentrer on lui laisse généralement un préavis de 5 minutes, le temps de dire au revoir plutôt que lui faire tout lâcher brusquement. Du coup on fait pareil si Heidi est en pleine partie de jeu en groupe sur Minecraft avec ses amies.

Qu’elle travaille sur l’ordi, regarde quelque chose, etc. quand ça empiète sur le temps du repas, la question c’est est-ce que tu peux finir en 5 minutes? Si oui va-y et vient après, si non met sur pause et revient finir plus tard.

Parce que pourquoi la traiter différemment de son papa, qui ne va pas venir à table avant d’avoir achevé sa tache dans le cas ou elle est proche de complétion ( et qui pour être 100% honnête ce qui dans le cas où il débugue quelque chose au moment ou tu dis à table fait qu’il ne t’entend même pas en fait… et que tu peux abandonner et commencer à manger sans lui…) ?

Heidi du coup a ses journées digitales et ses journées analogues:  les fois ou elle dessine sur les logiciels à sa disposition, et les fois ou elle le fait avec papiers et crayons. Les jours où elle disparait toute la journée dehors avec des amis et les jours où elle a des rendez-vous et des jeux virtuels.

Elle s’écrit des résumés pour l’école sur l’iPad, je l’ai vue faire des parties de batailles navales bien réelles avec une amie en webcam…

 

 

Avant Snapchat et les filtres à gogo, on jouait déjà à prendre des photos abracadabrantes et on se roulait par terre de rire

 

 

 

La fusion entre analogue et digital s’est un peu faite sans qu’on y pense vraiment,  de la même manière que lorsqu’on grandit dans une famille de musicien on tombe facilement dedans quand on est petit,  mais depuis qu’on l’a articulée, on la gère plus explicitement.

 

Heidi a maintenant 13 ans. Mais elle a son propre ordinateur ( vu qu’elle fait de la photo et que pour son papa un ordinateur c’est comme une brosse à dent ça ne se partage pas) depuis qu’elle a 8 ans.

Elle utilise tellement d’app que je vais pas pouvoir tout citer, mais question dessin ses favoris c’est artrage, paper by 52 et procreate. Elle utilise photoshop, lightroom, imovie ( et tente d’apprendre final cut) pixrl, keynote, pages, typewriter, des apps de mind mapping, des apps pour s’organiser.

Le truc pour apprendre à programmer que son papa lui avait dégoté je me souviens plus ce que c’était par contre.

Elle a une chaine youtube, des comptes IG, un compte FB même si elle n’y va pas parce que FB c’est ringard et pour les vieux, un compte musical ly*

Pour faire ses vidéos, elle a appris des notions de copyright, de video, d’édition, de musique, de marketing digital, elle a développé au passage un réseau social de personne avec les mêmes intérêts qu’elle et échange avec, et appris à gérer à petite doses ( vu qu’elle n’est jamais devenue méga-virale la quantité de vrais conflits et de trolls qu’elle a eu à gérer est restée raisonnable )  critiques fondées et infondées, les haters, les trolls, la pression des vues,  bref, tout ce qui fait d’internet un monde merveilleux mais facilement toxique.

Elle ramène même sa relative expertise à l’école, vu qu’elle est ICT rep’  pour sa classe ( comprendre le répondant informatique) elle est même allée dans une école primaire voisine faire une présentation sur les dangers d’internet.

 

 

Encore une pour la route, c’était fun les sessions Photo Booth

 

 

Je m’intéresse à son éco-système:  elle est un enfant du digital, de l’automation, même si elle maintient mordicus qu’elle est une millenial ( generation Y quoi).  Elle apprend des tonnes de choses de manière totalement indépendante des adultes, comme un peu toutes les générations. Elle et ses amis créent leur propre culture, leurs propres valeurs. La différence étant qu’ils le font via internet et les réseaux sociaux, et que si on ne fait pas gaffe en tant que parents c’est très facile de se retrouver complètement largué et déconnecté de son enfant.

C’est là que le bat blesse souvent de mon point de vue:  les adultes ne comprennent ni la portée des changements, après tout ce n’est qu’une phase, une mode, les enfants ne sont que des enfants,  ils vont apprendre à faire comme il faut avec le temps.  Les adultes voient leur valeurs comme immuables, au lieu de se rappeler qu’au même âge, ils avaient aussi cette impression tenace que décidement leurs parents comprenaient rien à rien.  A mépriser le tissu social que son enfant participe à construire, il est facile de finir en complète rupture de communication avec.

 

 

 

Passer beaucoup de temps devant les écrans ne veut pas dire ne pas interagir…

 

Heidi est extravertie jusqu’au bout des ongles, du coup quoi que ce soit qu’elle fasse, elle cherche l’interaction et le contact avec l’autre… Elle est enchantée (sauf quand elle est en mode ado-pfff-mes-parents-faut-tout-leur-expliquer-ça-me-saoule)  d’ouvrir une fenêtre sur son monde et sa culture.

D’accord quand son enfant est introverti, obtenir le partage va devenir plus complexe… m’enfin en même temps un introverti analogue il avait le nez dans un bouquin et n’interagissait pas vraiment plus à l’époque que maintenant, parce que quand il rentrait de sa journée d’interaction sociale obligatoire, il fallait bien qu’il recharge ses batteries en ne parlant à personne.  

 

C’est aussi une question de savoir quel parent on est.  Je ne suis pas bonne à jouer aux jeux de société, je suis catastrophique quand il s’agit de mettre à genoux par terre et de jouer à un jeu. Je suis la maman qui au parc – dès que sa fille n’a plus eu besoin d’elle pour faire les activités avait le nez dans un bouquin.   Mais je peux partager sans saturer mes connaissances en dessin, apprendre à cuisiner, passer une journée à chercher des cailloux ou construire un château de sable etc.

Le temps passé sur une tablette en général,   ça peut-être super social et interactif, sur des sujets du plus sérieux au plus léger:  ( même sur Youtube: on a eu fait des soirées entières ou elle choisissait une video et me disait pourquoi et ensuite c’était mon tour…  du coup elle a une culture ès clips des années 80/90 impressionnantes looool)   au lieu de disserter en famille en partant du journal ou du téléjournal, comme quand j’étais gamine on le fait en partant du dernier scandale youtube/ Instagram ou de la dernière chaine de vulgarisation scientifique qu’elle a découvert.

Le but, pour moi, c’est de trouver la balance où au sein de la famille, personne n’est frustré et n’a l’impression de rester sur le carreau de la cohésion familiale.

 

 

Sur ce, et sans transition, je vous laisse reprendre une activité normale, même si autant vous le dire tout de suite, ce billet a un petit frère en route:  j’ai du en éditer toute une partie pour des questions de cohérence et de temps à disposition ( enfin de longueur de billet on se comprend)

Bonne fin de journée!

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