Lire Heidi à Heidi…

Il en était plus que temps, non?

 

 

Il y a quelques semaines, au milieu de tous nos changements, de nos routines sans dessus-dessous, et d’angoisse du coucher pour Heidi… j’ai re-tenté quelque chose que je n’avais plus fait depuis un moment:

 

Lire une histoire à Heidi.

 

Comment expliquer toute la portée de ce qui se passe en ce moment dans mon coeur, et tous les recoins de mon être face à ce qui s’est passé cette fois?

 

Je sais pas si je vais y arriver, mais en tout cas je vais essayer!

 

On lit tous les mêmes articles à la noix via nos fils Facebook, sur comment on ruine nos enfants en les laissant devant un écran, comment les enfants des techs, eux, ils sont mis dans des écoles privées sans technologies, etc.  En moyenne, je lis ces articles en diagonale et je rigole ( plus ou moins jaune)  parce que les articles sont le produit de recherches plus ou moins sérieuses pour commencer, mais surtout que le biais du chercheur est tellement pivotal dans la moindre de ses études, que ça me fait bien rigoler quant au fait de déterminer si quelque chose est bien ou mal.

En théorie la science se veut objective et factuelle, dans les faits surtout quand on touche à la sociologie, aux sciences humaines, le biais du chercheur prend une importance capitale.  L’effet téléphone arabe qui va déformer le but de l’étude au fur et à mesure qu’on veut en faire un sujet attrayant pour les journaux aussi.

 

Bref, peut-être qu’un de ces quatre je vous ferai une bafouille plus longue sur le sujet, mais c’était pas le but de ce billet…

 

Revenons-en donc à nos moutons ( que je dessins fort bien, oui, depuis je suis passée au Petit Prince)!

 

De tous ces articles, il y en avait malgré tout une catégorie qui m’atteignait en plein coeur: ceux qui expliquaient l’importance vitale de lire à ses enfants pour développer la relation, développer leur curiosité, leur équilibre, leur intellect’ etc. bla bla bla…

 

J’ai des souvenirs un peu magiques de mes parents me lisant des histoires, lisant des histoires à mes frères et soeur… consciemment ou non, j’ai racheté quasi tous les livres de ma petite enfance pour les lire à ma fille, et j’ai bien évidemment commencé à lire à Heidi avant même qu’elle sache tenir assise…

 

Sauf que…

 

A l’exception des histoires sociales ( comprendre des petites histoires courtes ancrée dans le concret et parlant de problématique auxquelles elle était confrontée genre Tchoupi puis Max et Lili)   lire à Heidi n’a jamais été qu’une séance de torture pour nous deux.

C’est pas qu’elle aimait pas le concept ( il y a qu’à voir la quantité de livres qu’elle achète si on la laisse faire)  c’est qu’en pratique c’était irréaliste.

 

 

Zurich, zooh - l'enclos qui a eu le plus de succès: les chèvres... impossible de la faire partir... on aurait du l'appeler Heidi! // The hit of this zoo visit, impossible to leave the goats, we should have called her Heidi

 

 

La dysphasie faisait de la réalité de nos sessions de lecture des séances de torture mutuelles, où rapidement elle s’agitait de plus en plus pour tenter de continuer à suivre le fil de ce que je lui disais.

 

Elle souffrait mais voulait me faire plaisir, et je voulais le faire pour elle, parce que c’était important, que je voulais partager ce moment avec elle, et je me retrouvais face à des comportements qui semblaient signer le dédain de mes efforts.

 

La vérité qu’il m’a fallu du temps à voir, c’est qu’autant Heidi avait de belles aptitudes à compenser ses difficultés orales en situation, autant dans l’abstrait d’une histoire qu’elle doit écouter, c’était peine perdue…

Son apprentissage de la lecture a entériné le schisme:  avec la difficulté qu’elle a à lire, elle n’aura jamais le même plaisir que j’ai à passer des journées entières le nez dans un bouquin!

Elle comprend intellectuellement le plaisir que j’y trouve, et mon rapport aux mots… mais dans sa réalité c’est aussi abstrait que pour moi le rapport qu’elle a à la vidéo.

 

Mais le temps passe,  et ce qui était vrai hier, ne l’est pas forcément demain…

 

Une difficulté ne signe pas l’impossibilité d’apprendre, juste que l’apprentissage se fera en temps et en heure et pas avant. Différemment aussi.

 

De temps en temps, je reprenais un livre, on tentait de le lire le soir…   la première fois qu’il y a eu une lueur d’espoir c’était quand on a lu le Petit Nicolas il y a 4 ans.

 

Mais, comme chaque fois à ce jour,  je n’avais jamais pu aller plus loin, on avait fini par ranger les livres,  frustrées toutes les deux au pied d’un mur qu’on arrivait pas à franchir.

 

Et puis là, il y a quelques semaines…. un de ces soirs où on désespérait elle et moi qu’elle ne s’endorme enfin,  j’ai repris les mêmes livres du Petit Nicolas… et je les ai relu…

 

Petit à petit un sentiment d’optimisme enivrant est né:  Heidi m’écoutait sans trop d’efforts facilement tout au long de 3 vignettes par soir.  Du jamais vu!

 

Elle avait du plaisir, me demandait des explications si un mot lui manquait vraiment et arrivait à combler les trous d’une partie des définitions le cas échéants. Bref, elle suivait vraiment l’histoire et en profitait!

 

Alors,  quand on a eu fait tous les Petit Nicolas en stock,  j’ai fait du charme pour tenter une nouvelle fois de passer à l’étape suivante.

 

 

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Et résultat: si Heidi se bat toujours avec ses compétences de lecture à l’écrit, ce qu’on vivait le soir, semblait montrer que ses compétences de lecture à l’oral avaient atteint le pallier suivant et qu’elle pouvait profiter d’une vraie longue histoire!

Ce roman qu’on lit par chapitre à ses enfants le soir avant qu’ils se couchent, quand ils aiment les histoires mais sont trop jeunes pour lire le livre eux-mêmes…  je touchais le rêve du doigt…  et j’avais bien l’intention de saisir la perche!

 

 

Au premier chapitre d’Heidi,  je me suis dit que c’était pas gagné.

 

Pour ceux qui n’ont pas lu le livre, où ne l’ont pas lu depuis longtemps…  entre les descriptions lyriques de la montagne, et le placement de l’histoire via les adultes qui s’échangent des ragots et se refilent la fillette comme un chien qu’on replace…

mon Heidi oscillait entre le fait que je la pompais à lui lire ce truc chiant où il ne se passe rien et qu’on voit même pas Heidi,  et l’envie de tenir le coup parce que je lui avais spoilé la suite et qu’elle était curieuse…

 

Et puis, petit à petit,  elle s’est prise au jeu et dans l’histoire, et  on continue l’aventure de lire Heidi à 4 yeux…

 

Morceaux choisis des reflexions dans le feu de l’action:

 

” Quoi? Mais pourquoi ils sont aussi méchants avec le Grand Père juste parce qu’il ne va pas à l’église?  Ils étaient pas un peu extrémistes religieux en 1880?”

” Mais elle est vraiment méchante sa tante! Comment ils ont pu lui donner Heidi à garder!”

” Quoi on allait à l’école qu’en hiver en montagne? Trop de la chance!”

” Mais Peter en fait, il est pas dysphasique et dyslexique? Il arrive pas à apprendre à lire et écrire même s’il va à l’école tous les hivers, et il a besoin de réfléchir fort et longtemps pour répondre à haute voix aux questions qu’Heidi lui pose.”

” Ah mais je comprends pourquoi tu m’as surnommé Heidi… c’est vrai qu’elle est un peu comme moi:  elle parle tout le temps et pose des tas de questions, elle est tout le temps de bonne humeur, sauf quand elle pleure et là elle est inconsolable,  elle aime la nature et les chèvres. Y’a juste un truc où on est complètement différente: elle a des cheveux noirs et tout court!”

( Au cas où vous aviez oublié, à ce jour il n’y plus qu’une princesse Disney ou deux qui ont des cheveux plus longs qu’Heidi, elle m’a dit récemment que son nouvel objectif c’était de faire comme cette nana-là sur instagram il va bientôt falloir que je commence à remonter ses tresses sur le crane pour satisfaire au code vestimentaire scolaire… mais je digresse, moutons oh mes moutons…  )

 

 

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L’état des lieux de l’opération lecture du soir pour s’endormir, on va dire que selon ce qui s’y passe, vu elle n’hésite pas à demander la quantité d’explication qu’elle estime nécessaire,  même quand ça me fait totalement perdre ma page et le contexte, ou qu’elle aurait eu la réponse à sa question 3 lignes plus loin, ou que la confusion qu’elle ressent est complètement normale et prévue par l’auteur, c’est parfois un peu sport d’atteindre l’objectif lecture-détente-pour-s’endormir.  Mais sinon c’est un franc succès!

 

Bon maintenant reste plus qu’à choper Heidi grandit à l’occasion, parce qu’elle veut la suite et Clara qui vient à la montagne…

 

En attendant que je mette la main dessus,  on fait le tour des autres livres en français de sa bibliothèque, comme les 3 premiers volumes d’Harry Potter ( ensuite j’avais le niveau en anglais pour les lire en anglais, et du coup j’avais pas besoin d’attendre qu’ils les traduisent) ou ces jours le Petit Prince.

 

Seule contrainte:  je dois grosso modo relire un chapitre chaque soir, parce qu’elle s’endort en cours de route,  et me demande de reprendre là où elle s’en souvient encore 😂  et je dois continuer à lire quand elle plonge,  pour que telle une berceuse je l’accompagne jusqu’au sommeil profond.

Du coup, là,  ça fait donc 4 jours que je relis tous les soirs la fin du Petit Prince!  😱😓 Comment dire, ça n’aide pas exactement à combattre l’idée qu’on vit dans un monde cruel et triste… LOL

 

 

p.s. pour finir sur une note humoristique, les photos du billet ne représentent qu’un petit échantillon de celles que j’ai en stock d’Heidi en train de couvrir les chèvres de câlins…  et si on veut pousser le cliché jusqu’au bout version dessiné animé japonais… j’ai aussi celles-ci en stock…

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