Entrer en école locale – édition 2016

Sur ces 15 derniers mois, les procédures d’entrées en école locale singapourienne se sont pas mal modifiées…

 

 

 

Depuis mon premier article sur le sujet ou celui de la vie de quartier à East Coast…  Tout a changé ou presque:

 

  • Procédures d’inscriptions dès 2016:

 

Pour l’entrée en P1, on en reste à la fameuse loterie de la phase 3, sauf que les inscriptions sont depuis 2 ans déjà gérées par le MOE directement.

En gros, on remplit sa demande et on prie en sa bonne étoile…  selon les années entre le tiers et les deux-tiers des inscriptions sont rejetées ( pour la rentrée 2015, les sondages informels du groupe Facebook regroupant des parents d’enfants en école locale,  dessinaient l’image imparfaite d’environs 2/3 des enfants acceptés mais seulement la moitié d’entre eux dans l’école de leur choix, cette année les sondages – toujours aussi informels –  disent plutôt qu’un petit tiers seulement des enfants  ayant tenté de s’inscrire a obtenu une place)

Bref, il faut de la chance,  et un plan B voire C et D…

 

Pour l’entrée sur les autres niveaux,  tous les enfants doivent désormais passer le concours d’entrée!  Soit l’AEIS en septembre pour une place en P2-P5 en janvier suivant.    Soit le S-AEIS en février/ mars pour une rentrée à la fin des vacances de juin, et une place en P2-P4 ( pas d’admission en P5 pour le SAEIS, compte tenu de la proximité avec l’année du PSLE, ils n’estiment ne plus avoir le temps d’intégrer correctement l’enfant pour le préparer à LA grande année du PSLE)

L’AEIS veut dire débourser les 672 dollars pour passer le test, et la quantité de tuitions que les parents estiment nécessaire pour la mise à niveau,  toujours sans garantie de place.  (  Heidi avait passé l’AEIS…   petit récit de la journée ici! )

D’une part il faut que le niveau d’anglais et de math de l’enfant soit suffisant c’est clair,  mais il y a d’autres facteurs et plusieurs processus de screening qui rentrent en ligne dans la petite cuisine interne de gestion du test.  Le nombre de place en jeu n’est pas connu, les facteurs qu’ils prennent en compte pour donner une place non plus et ils ne donnent pas les résultats de l’enfant au test.

Il n’existe que deux réponses: on lui donne une place ou pas.  Si l’enfant n’a pas de place, il peut re-tenter sa chance au concours suivant.    Si l’enfant obtient une place, alors on hurle de joie ( comme nous il y a 2 ans, même si à l’époque pour un enfant en DP,  il n’y en avait peu qui prenaient cette voie vu que ce n’était pas obligatoire et donc que les probabilités étaient plutôt en notre faveur, ce qui est moins le cas maintenant que TOUT le monde doit passer par là )  même si c’est à l’autre bout de l’île et pas pratique pour vous, vous dites merci, amen et vous prenez…

parce que refuser une place proposée, c’est comme refuser un PR quand on vous le propose, quelque part presque une insulte à la générosité de Singapour, et l’offre ne reviendra pas sur la table une seconde fois.  En clair, en participant à l’AEIS vous prendrez avec le sourire ce qu’on vous donne si on vous donne quelque chose…

 

  • Frais scolaires: 

 

Ils passent 500 à 550 dollars par mois pour les étudiants internationaux ( mais le rabais des 2 premières années continue d’exister)  soit une augmentation de 50 dollars par mois.  Ça fait passer l’année de 6000 à 6600.-

Les PRs, eux, voient leur facture gonfler 20 dollars par mois.

 

 

  • Possibilités de demander un transfert d’école:

 

Elles achèvent complètement de disparaitre pour les enfants en DP.  Il n’y a que les enfants PRs ou citoyens qui peuvent participer à l’exercice de transfert annuel.

Donc si lors de l’admission du petit dernier, vous obtenez une école à l’autre bout de l’île, vous être condamnés à gérer ça jusqu’à la fin de leurs années primaires.  Mais si vous avez le sens de la réalité du terrain vous être déjà contents d’avoir une place et de pouvoir avoir tout le monde sur le même rythme scolaire.

Les familles où les enfants sont séparés entre le système local et le système international ( et donc ne sont quasi JAMAIS en vacances en même temps)  existent, et des années comme celle-ci ou beaucoup de demandes d’inscription en P1 sont rejetées, leur nombre augmente gentiment mais sûrement!

 

 

 

Pourquoi tous ces changements?  Voilà de quoi se mettre à jour…

 

 

– Bon alors gardez à l’esprit qu’une part de mes impressions et conclusions n’ont aucun moyen tangible d’être vérifiés, c’est plutôt mon interprétation personnelle de l’accumulation d’anecdotes et les schémas qui semblent s’en dégager après plus de 6 ans à Singapour – 

 

 

D’une part – ça c’est un fait établi –  parce que la réputation de l’école locale singapourienne continue de progresser.

 

 

Dans la région asiatique,  c’est sans équivoque le meilleur système public anglophone ( parce que si le système public coréen ou japonais produisent de bons résultats, ils pré-supposent la maitrise d’un autre système d’écriture que l’alphabet romain, et les niveaux d’anglais à la sortie du secondaire ne sont pas forcément excellents, sans compter que ce ne sont pas des pays où il est facile de se faire sa place en tant qu’étudiant étranger… j’ai testé pour vous élève du secondaire au Japon, j’étais littéralement l’oiseau exotique de toute l’école… )

C’est donc un rapport qualité/ prix sans comparaison face aux prix de bonnes écoles internationales du sud-est asiatique ( qui sont généralement très très chères dans les pays et hors budget pour les familles),  d’autant plus qu’il y a souvent des programmes de bourses pour aller dans le public singapourien pour les élèves méritants de pays défavorisés ce qu’ils ne pourront pas avoir pour une inscription dans le privé.

Ça crée une demande localement et internationalement pour des enfants qui parfois ont les moyens d’aller dans le privé mais font le choix d’aller dans le local.

Ça crée une demande presque-localement pour les enfants des frontaliers.  Beaucoup de parents malaisiens traversant la frontière chaque jour, tentent d’inscrire leurs enfants, soit via les admissions ordinaires en P1 soit via le concours d’entrée ( ils n’avaient déjà plus le droit de le faire d’une autre manière depuis longtemps:  à l’origine, le concours AEIS a été créé  pour les enfants de la région au sens large et repérer les enfants qui les intéressaient… sorte de loterie carte verte un peu biaisée par les performances de l’enfant )

 

L'ambiance est donnée... c'est une grosse machine!
L’ambiance est donnée… c’est une grosse machine!

 

 

Autre fait établi,  avec le coût de la vie à Singapour et son attractivité auprès des expatriés, il y a de plus en plus d’expatriations “low-cost” comprendre des gens qui partent tous seuls, ou des gens dont l’entreprise ne couvre pas les frais de scolarité.

 

 

Ça crée une demande, qui est à la fois croissante en général et à la fois fluctue beaucoup d’années en années.  Comprendre c’est souvent des familles dont la durée de séjour reste la durée moyenne de séjour d’un expatrié à Singapour soit entre 3 et 5 ans.

Il y a, par exemple,  toute les familles – souvent indiennes  – des expatriés de l’informatiques, qui sont venus à 4 sur un salaire tout juste supérieur à la limite pour le regroupement familial.

Cette demande est un gros point de friction entre les locaux et les expatriés, entre le MOE et les parents.  L’école locale est un chemin social cohésif et une machine administrative réglée comme du papier à musique,  qui peine à gérer l’imprévisibilité inhérente aux situations des expatriés.

Intégrer des enfants qui arrivent en cours d’année, alors même que leurs propres citoyens et leurs PRs qui déménagent au sein de l’île doivent passer par des processus complexes de transfert qui se font en bloc soit à la moitié soit  à la fin de l’année scolaire?

Favoritisme!

Intégrer des enfants dont le niveau d’anglais est insuffisant?  Mais si le prof s’en occupe plus, il va pénaliser toute la classe!  ( ça vous rappelle rien ça comme argument? )

Et si à votre arrivée en France ou en Suisse, l’enseignement public est obligé de vous trouver de la place…  ( Enfin en théorie, parce qu’en pratique selon la situation, vous vous rendrez compte que ça ne sera pas forcément simple et en plus on en profitera allègrement pour vous agresser et vous rabaisser au passage… demandez leur avis sur la question aux parents d’enfants en difficultés, ou aux parents d’enfants handicapés par exemple.)  il n’y a aucune provision du genre à Singapour, ils ne sont tenus de trouver de la place qu’à leurs citoyens et leurs PRs.

Donc si l’élève international a le niveau pour intégrer le système local et qu’ils ont de la place, ils le prennent, sinon c’est bien dommage, allez dans le privé ou mettez l’enfant à niveau et re-tentez votre chance quand ce sera fait!

 

 

Pour le ministère de l’éducation ( MOE)  au vu du rapport qualité-prix de l’éducation singapourienne, y étudier quand on n’est pas obligé  de le faire ( comme leurs citoyens*)  est un privilège

 

 

Et du moment où les autorités accordent le privilège d’intégrer l’école locale, alors il va de soi que l’on devrait être reconnaissant de la chance qu’on a eu, non?

Les frontaliers dont les enfants sont intégrés le savent bien et on ne les entend jamais se plaindre des obstacles éventuels sur le chemin d’un sésame de scolarité en école locale.

Des quelques chiffres que le MOE laisse échapper de temps en temps – officieusement pour la plupart d’entre eux, il n’y a jamais de confirmations officielles –  il y a depuis plus d’une décennie entre la moitié et les 2/3 des inscriptions en P1 pour des étudiants internationaux qui n’aboutissent pas.

Mais depuis 2-3 ans,  au lieu d’un combat de coulisses dans l’ombre, la situation est devenue plus publique.  Notamment parce que plus la disparition des packages comprenant l’écolage,  obligent les parents de famille relativement aisées à choisir entre préparer leur retraite ou payer la scolarité de leurs enfants.

( Faites le calcul, vous avez 3 têtes blondes, il va vous en coûter entre 50 000 et 90 000 dollars par année scolaire pour les scolariser, on va dire que ça prend à la gorge même des budgets à priori confortables!)

Ces parents sont d’autant plus vocaux quand ils se heurtent à un refus, qu’ils viennent de pays où l’éducation est un droit pour tous,  voire même qu’il faut faire des pieds et des mains pour obtenir de mettre son enfant dans le privé ou le déscolariser. L’indifférence apparente de Singapour sur l’accès à l’éducation des enfants sur son territoire est un choc des cultures violent pour ces parents.

L’autre chose qui a changé: les réseaux sociaux.  Il y a plusieurs groupes Facebook ( un petit francophone) et un nettement plus grand anglophone)  qui regroupent les parents d’enfants en école locale.  Partage des procédures, des petits trucs, des failles dans la procédure et des recours possibles, qui avaient aidé un parent ou l’autre à obtenir une place…

Face à des services submergés de demandes et des parents qui au lieu de voir la démarche d’admission comme un privilège qu’on leur accorderait éventuellement, la voyait comme un devoir de Singapour face aux enfants présents sur son territoire,  le MOE a donné plusieurs tours de vis successifs à leurs systèmes d’admissions.

 

 

Ce n’est pas vraiment étonnant…

 

 

Singapour de manière générale n’aime pas avoir l’impression – justifiée ou pas – qu’on les prend de haut, qu’on sait mieux faire qu’eux et qu’on veut leur donner des leçons sur comment faire juste…

Singapour n’aime pas non plus avoir l’impression qu’on essaie de les avoir.  Les exemples sont légions dans l’histoire récente de Singapour:  les privilèges des PR qui ont été diminués au fur et à mesure des abus découverts,  les critères de l’obtention du PR qui se sont considérablement durcis depuis 2009 notamment quant au fait de ne pas y inclure ses enfants pour leur éviter des obligations militaires.

Durcir les conditions d’accès à l’école,  c’est aussi un moyen détourné de pousser certaines personnes vers la sortie et de les encourager de facto  à aller voir ailleurs s’ils y sont.

 

 

Bon alors l’école locale, est-ce que ça vaut toujours la peine?

 

 

Mille fois oui,  si vous êtes là à long terme ( ou que vous avez l’intention de l’être) et capable de gérer le stress de l’attente d’une place, les préparations à faire et les mois potentiels de homeschooling que vous avez devant vous…

 

Ou que vous avez toujours votre bonne étoile avec vous!

 

Si par contre vous avez une mission de courte ou moyenne durée,  la poursuite d’une entrée en école locale ressemble plus à une course d’obstacle infranchissable qui n’en vaut pas la peine: au mieux à votre arrivée à Singapour, l’enfant est déscolarisé pendant 4 mois,  il faut le mettre à niveau pour avoir une chance qu’il passe le concours…

 

Ne parlons même pas du cas de figure où l’enfant ne serait pas à l’aise en anglais…

 

Donc si vous êtes en négociations pour venir, que vous avez des enfants en âge primaire,  réfléchissez bien aux facteurs financiers ( ou au temps que vous allez passer à faire l’école à la maison pour une alternative low-cost)  parce qu’il est plus que probable que chaque enfant vous coûte entre 20K et 35K par année scolaire que les 6K d’une année en école locale.

Expliquez bien aux ressources humaines les réalités du terrain scolaire dans la négociation. 

 

 

En lire plus: Singabuzz vient de faire un article explicatifs sur le système scolaire local,  je vous laisse le lire ici 

 

Bonne journée!

 

 

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*les citoyens singapouriens sont obligés d’aller à l’école primaire locale. Exceptions peuvent être faites pour des questions de besoins spécifiques,  de famille bi-nationale,  de famille expatriée de retour, ou ayant un projet solide de départ proche…

Les citoyens ont aussi le choix de déscolariser leur enfant, pour autant qu’ils fournissent des preuves que l’enfant reste en ligne avec le curriculum ordinaire et qu’il se présente au PSLE en candidat libre.  C’est notamment l’option prise par les parents singapouriens qui sont fermement anti-vaccins et qui se voient fermer les portes de l’école publique aussi longtemps que l’enfant n’est pas vacciné.

 

 

 

 

 

 

 

 

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