50 nuances plus sombres ( enfin la suite du billet de l’autre jour quoi!)

Coucou du lundi!

 

Donc dans le billet précédent

 

– oh sadique à mes heures que je suis –

 

Je vous laissais sur cette question vitale et brûlante…  mais pourquoi 50 nuances de Grey a-t-il convaincu les éditeurs new-yorkais d’arrêter de bouder cette manne financière?

 

( si si, même si je ne l’avais pas formulé comme ça, c’est bien ce que j’avais dit en substance)

 

Bin parce que 50 nuances est sous ses habits en apparence un peu sulfureux, l’archétype de l’histoire manichéenne.  C’est un conte de fées…  si si je vous assure… le titre a beau vous dire qu’il y a 50 nuances de gris, l’histoire elle est plutôt noire et blanche…   pour paraphraser de Funès,  y’a les gentils qui sont très gentils et les méchants qui sont très méchants…

 

 

fifty-shades-grey-movie-trailer

 

 

C’est la brune ingénue et immaculée ( et un poil dysfonctionnelle… maladivement pas sûre d’elle,  et quand tu lis ce qu’elle décrit sur la nourriture au premier degré, tu dis que purée elle frise le trouble du comportement alimentaire)  qui rencontre le chevalier noir ( m’enfin il se voit surtout noir lui, en vrai il est torturé et dysfonctionnel mais pas si noir que ça, en plus c’est même pas sa faute…  ) et de l’amour fou qui le fait venir dans la lumière avec elle et ils vivent heureux pour toujours. Le tout enrobé de quelques dragons usuels sous la forme l’amie de ses parents/son mentor à lui  et de son boss éphémère à elle.

 

Bref…

 

Un self-made man, une heroine pure,  des méchants très méchants, et des gentils très gentils, une histoire où ils finissent heureux pour toujours… c’est le rêve américain dans sa quintessence!  Un rêve américain et des histoires où même s’il se passe des choses tristes à la fin on est toujours heureux pour toujours, dont  les US nous bombardent via Disney  et toutes les interprétations récentes des contes de fées…

 

( parce que je vous rappelle que de base la petite sirène elle meurt à la fin du conte originel, que la reine des neiges c’est la méchante, et que dans la belle au bois dormant, elle,  reste endormie 100 ans.  Tout le monde meurt sauf elle, son prince charmant a 100 ans de moins qu’elle. Dans Robin de Bois tout le monde meurt…  à commencer par Marianne… c’est glauque et déprimant au possible. Que d’ailleurs de nos jours, dans le monde occidental, plus personne n’ose vraiment mettre dans les mains des enfants de nos jours des histoires comme celles de Mélusine, ou des contes tirés des mythes grecs par exemple  )

 

Même les aspects potentiellement sulfureux du livre – soit la relation à teinte BDSM –  ne résistent pas à la décoloration de la dynamique conte de fées vu qu’au cours des livres il laisse tout tomber pour elle – enfin presque, ils ont quand même des sessions un peu plus pimentée que ce qui serait considéré comme ordinaire, encore que… qu’est-ce qu’on entend par ordinaire… chacun à sa propre définition…  –    et il n’est qu’effleuré dans le dernier chapitre 2 ans plus tard qu’ils ont probablement construit une relation qui pourrait rentrer dans les paramètres du BDSM mais que là pour les détails de ce qu’ils font vraiment dans leur heureux-pour-toujours on peut repasser.

Ce qui en faisait un livre idéal pour les éditeurs:   une belle romance très classique dans son format de fond,  et un peu de sulfureux dans la forme mais pas trop ( parce qu’on peut débattre pendant des heures de savoir si qu’Ana et Christian font ou ne font pas à la fin du livre tombe sous la définition du BDSM ou pas 🙂 )

 

 

Conte de fées donc,  d’autant il n’y a absolument RIEN de réaliste dans cette histoire…

 

Je vous rappelle que le seul milliardaire de 27 ans que les US comptaient dans l’histoire récente c’est lui…  :

 

mark-zuckerberg-facebook-profile

 

Ça casse un peu le rêve tout de suite hein!

 

 

Quant à la probabilité réelle de l’étudiante américaine de 22 ans vierge et habillée comme une grand-mère… comment dire…  dans le monde moderne réel… soit elle est membre d’un courant religieux conservateur comme ils ont le chic pour en avoir aux US, soit c’est un nerd fini ( n’ayons pas peur des mots carrément une aspie-girl. Ah note que là ça collerait avec la timidité maladive, les gouts vestimentaires et le rapport bizarre à la nourriture, donc que là, elle pourrait être plausible, très plausible même bon d’accord pour un peu je retire ce que j’ai dit, elle est réaliste si on accepte un diagnostic d’Asperger*, mais alors là le problème c’est que du coup y’a nettement moins de candidates pour s’identifier à elle, sans compter que son monologue interne ne colle pas exactement au fait qu’elle soit une nerd finie… )

 

On passera en coup de vent sur l’improbabilité d’un milliardaire avec une compagnie en main privée ( donc pas en bourse)  qui a tout construit en quelques petites années.

 

50_shades_trailer_640
Ça c’est apparemment l’image qui aurait le plus fait triper Heidi ( non je ne suis pas une mère indigne, enfin pas pour ça, c’est juste qu’elle adoooooooore Ellie Goulding et Ellen de Generes ) L’hélicoptère comme atout séduction elle est pas convaincue par contre le placard immaculé, ça ça la branche!

 

 

 

Sur l’improbabilité de la nécessité de la traquer, partant du principe qu’elle est effectivement une étudiante moderne ordinaire ( je vous rappelle qu’il y a des études sociologiques “très sérieuses” aux US qui décrivent l’absence de participation aux réseaux sociaux pour un jeune adulte comme une pathologie et un facteur de risque pour qu’il pète un câble et tue ses petits camarades ) a probablement tweeté, instagrammé ou facebooké tous les pas de sa vie, en particulier le lieu de sa beuverie, donc qu’il suffit de l’avoir dans ses amis.  Si on admet qu’elle a un minimum de bon sens, respectivement que les réseaux sociaux c’est pas son truc au delà de la présence obligatoire, on peut être sûr qu’il suffit alors d’avoir un faux profil ami avec une des ses amies qui est dépourvue du dit-bon sens… et me dites pas qu’elle en a pas une: Kate est parfaite pour ça!  ( vu qu’elle laisse partir sa copine ivre morte inconsciente avec un mec dont elle se méfie pour se taper le frère du dit-mec qu’elle connait depuis 30 secondes,  c’est la candidate idéale pour le surpartage d’info ) Pas besoin de passer par un détective privé!  Et que d’abord c’est pas malsain si elle est assez con pour révéler toutes ces informations. ( c’est de l’humour noir, je précise…  ) !

 

On passera sur tout ce qui est visiblement des restes de constructions de Twilight, leurs situations familiales respectives par exemple, et qui n’aide pas forcément à ancrer l’histoire dans le réel au lieu du conte de fées ( parce que si quelqu’un me sort que Twilight est réaliste,  je vous rappelle que non aux dernières nouvelles clamer mordicus que les vampires existent,  ça fait toujours douter les autres de votre santé mentale)

 

Et on se concentre sur le temps qui s’écoule au cours du film.

 

C’est un de ces trucs sur lesquels pas grand monde ne s’attarde, mais qui perso m’intéresse le plus pour juger de savoir si on classe une histoire dans les contes de fées ou dans les histoires réalistes.

Forrest Gump est abracadabrant par ses suites de circonstances mais la ligne du temps est réaliste,  ce qui à mon avis contribue en grande part au charme du film.

Chaque volume d’Harry Potter c’est un an…

Twilight aussi irréaliste qu’il le soit par ailleurs,  s’écoule l’air de rien sur quasi 3 ans…

La durée moyenne d’un film de princesses Disney tourne entre 48h et 72h de temps réel écoulé  ( si si…  la Belle et la Bête se passe en 3 jours, La Petite Sirène c’est essentiellement pareil, Aladdin comptez 3 jours également…   )

 

Bon dans cet article-ci**   je reste complètement sans spoiler;  pour celles et ceux qui ont vu le film et ne veulent pas savoir la suite en attendant que les films suivants sortent…

( Si si, ces gens existent pour de vrai,  j’en connais au moins une dans la vraie vie…  )

Et je me contente de la ligne du temps du premier film/livre:

 

  • L’interview – et donc le début de l’histoire –  a lieu le 9 mai, en théorie c’était une interview éclair du genre 10 minutes.
  • Ils se voient le samedi 14 mai à son travail,là ils passent à tout casser 20 minutes ensemble s’il arrive bien à faire trainer les choses. le lendemain ils prennent les photos et le café – mettons donc qu’ils se voient  probablement dans les 2h.
  • Elle fait ses examens.
  • Elle l’appelle dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21, ivre morte, il la ramène inconsciente à son hôtel ( au lieu de l’emmener à l’hôpital, il a jamais entendu parler du coma éthylique?  Alors même qu’il lui fait la morale sur sa consommation d’alcool le lendemain!  ils vont chez lui en hélicoptère ce même samedi 21 en soirée.
  • La négociation des termes du contrat ( qui dans le livre se fait à l’hôtel à Portland  en soirée alors que dans le film elle retourne dans son bureau )  on est le mardi 24 mai, la remise des diplômes est le lendemain.
  • Elle déménage de Portland à Seattle – dans l’appartement de Kate – le samedi 28 mai.
  • Elle va chez lui le dimanche 29 mai à midi, et c’est le même soir qu’ils mangent chez ses parents.
  • Elle part chez sa mère le lendemain après ses entretiens d’embauche, on est le 30 mai.
  • Le 1er juin, il l’a rejointe sur place, ils passent la fin de la journée, la nuit et le lendemain matin ensemble ( ce qui veut dire que la séquence du planeur se passe au matin du 2 juin)  Il doit partir en catastrophe le 2 juin.
  • Enfin, elle fait le trajet retour,  le retrouve chez lui et part de l’appartement après la scène qui tourne mal, signant la fin du premier livre/film tout ça sur la journée 3 juin.

 

Bref, en comptant large ( du vendredi soir où elle l’appelle bourrée au moment où elle le quitte) …   l’essentiel de leur relation dans le premier livre/film s’étale royalement sur 2 semaines.

 

Ouais je sais, ça parait plus long…  mais en fait c’est parce que même s’ils ont la gueule de bois, ils se lèvent aux aurores et se couchent pas avant minuit,  qu’ils se sautent dessus au moins 3 fois par jour quand ils sont ensemble.  Bon d’accord c’est un jeune couple en proie à la passion, donc c’est pas forcément irréaliste, il n’empêche que vu la moyenne mensuelle de monsieur et madame tout le monde, ça va avoir tendance à créer un amusant phénomène de distorsion de notre perception du temps qui s’écoule dans le livre ( alors même que leurs emails sont datés donc qu’il est extrêmement simple de faire la mathématique du temps qui s’écoule )

 

Bref…

 

1415975763_GreyTies.jpg
Plus fort que le rayonnage des chemises et costumes… Heidi a carrément insisté auprès de son papa pour savoir pourquoi, lui, il rangeait pas ses cravates comme ça, parce que ça c’est trop cool!

 

 

 

Là je vous laisse vous arrêter une seconde sur vos propres relations… et vous refaire la ligne du temps de ce qui s’est passé et quand…

Et je vous confirme que la ligne du temps qui aurait tendance à faire en sorte dans la vraie vie que la moitié de vos amis et de votre famille au moins ne vous parlent plus et envisagent votre internement, presque vous êtes complètement dingue à vous précipiter ainsi dans les décisions les plus importantes de votre vie,  continue dans les 2 autres livres…

 

Vous allez me dire que 2 semaines c’est quand même mieux que les 3 jours moyens qu’utilise une princesse Disney pour résoudre son intrigue!

En même temps…  caser autant de scènes de sexe en 3 jours, là je crois que ça commence à devenir physiquement impossible, surtout si on compte les temps de trajets, les décalages horaires, et le fait qu’apparemment les deux ont un travail… déjà tout ce qu’ils font en 2 semaines me fait vaciller d’épuisement!

 

Et chez moi,  ça fait que tout débat appliqué à la vraie vie quant à déterminer:

 

– s’il y a abus, harcèlement,

– s’ils cassent du sucre sur le dos de la communauté BDSM ( et oui parce que eux aussi ont leur avis sur le livre)  en en faisant un portrait irréaliste,

– s’il y a gros dégât sur la psyché de la jeune fille parce qu’on lui explique qu’elle se doit d’être une mollassonne que tout le monde manipule pour rencontrer son prince charmant.

M’enfin là soyons clair la jeune fille sus-mentionnée, si elle aimait les princesses Disney dans l’enfance… soit elle est déjà perdue pour la cause depuis longtemps donc qu’il faudrait commencer par tirer à gros boulets sur ces films-là, soit elle a depuis longtemps appris que ce n’est qu’une histoire et pas la vraie vie! Comment ça j’exagère?  Ariel a 15 ans, se métamorphose complètement pour un homme qu’elle a juste rencontré et plus vieux qu’elle, elle l’épouse et tourne pour toujours le dos à sa famille.  Aurore ( la belle au bois dormant) a 16 ans, et tombe folle amoureuse d’un mec qu’elle a vu une fois dans les bois,  ce qui leur suffit apparemment pour qu’il puisse lui faire un baiser d’amour vrai le lendemain ( une absurdité que ne manque pas de critiquer tant la Reine des Neiges que Maléfique). Je peux continuer un moment comme ça! D’autant que je n’ai pas encore touché mon préféré – La Belle et la Bête – qui dans sa version Disney, et dans le conte de fées abrégé que tout le monde connait, tient plus d’une explication sur le syndrome de Stockholm que d’une belle histoire d’amour.  Je vous avais dit que j’avais l’amour vache…  j’adoooooooore toutes ces histoires, ça ne m’empêche pas d’en voir toutes les faiblesses potentielles!  Bref! 

 

– si c’est une apologie du consumérisme, du capitalisme et que ça va encore miner une génération d’hommes qui vont se sentir inadéquats parce qu’ils ont pas d’hélicoptères et de chambre rouge…

 

me fait un peu doucement rigoler…

 

mais surtout me fascine, parce que je ne comprends pas COMMENT tout le monde peut prendre tellement à coeur une histoire de fiction, qui a la consistance d’un conte de fées et pas d’un Germinal ( parce que là, si tu décides de prendre le livre pour argumenter en long en large et en travers sur la vie des mineurs, les challenges sociaux,  etc.  je comprends, Zola l’a été écrit justement pour ça ) en ergoter dessus pendant des heures…

 

( Bon là vous pourriez me dire que c’est exactement ce que je suis en train de faire, mais c’est pas pareil! Je suis de base capable d’argumenter pendant 3 heures sur le comportement social des fourmis dans ma cuisine ou de savoir si ou non les mynas du coin viennent narguer mon chat…  on parle même pas des dissertations interminables que j’ai tenté de faire avaler à Superchéri sur les différences culturelles entre les chats suisses et les chats singapouriens, donc disserter sur 50 nuances et l’espèce de grain de folie qui touche quasi tous les gens qui en parlent, c’est peanuts 😀  )

 

….  comme si leur vie en dépendait, et en parler avec la même conviction que si c’était je sais pas moi –  une loi sur le réchauffement climatique… Reconnaissez que c’est fascinant, non?

 

Oups,  à en croire mon compteur de mots, je suis de nouveau en passe de pouvoir qualifier ce billet de loghorrée verbale ( ou de pavé c’est comme vous voulez être tatillons )

 

Donc c’est parti pour le cliffhanger suivant…

 

Et rendez-vous dans le volume III pour la suite, qui comme tout volume III va probablement se faire attendre un peu, parce que j’ai d’autres billets sur le feu!

 

 

 

—————————————————–

 

* Pour l’Asperger je suis totalement sérieuse:   dans la partie très “fonctionnelle” du spectre autistique,  les traits n’ont de base été défini que sur l’observation des garçons.   Et alors que dans le spectre en général on a – selon les statistiques-  entre une fille pour 2.5 à 4 garçons,  quand on tombe sous l’asperger d’un seul coup il n’y aurait plus qu’une fille pour 10 garçons, y’a comme un problème, non, sachant qu’on parle d’un même trouble, d’un même spectre!   Des listes de symptômes révisées, sur la base de l’observation et de la façon dont les filles diagnostiquées se voient et se décrivent,  existent et les grands spécialistes de l’asperger appellent aux révisions du préjugé qui pour l’instant nie de part le monde l’accès au diagnostic à plein de filles qui du coup ne sont vues que pour les problèmes d’anxiété, de dépression, d’intégration sociale qui accompagne souvent la vie d’un adulte autiste hautement fonctionnel…  si vous lisez en anglais j’ai plein de ressources pour vous si ça la question vous intéresse.

 

** Ce sera un billet bonus…  la totalité de ligne du temps des livres…  et promis je le signalerai comme tel pour que ceux et celles qui le veulent ne sachent pas tout 😉

 

 

 

 

 

 

Share
  • J’adore la mention de Zucki

    • ga_merichan

      Bin oui c’est important de remettre l’église au milieu du village… 😉