Singapour,  singapour pratique

Le raz-de-marées des third-party booking

Coucou du week-end

 

Oui je sais c’est le week-end et je poste, mais que se passe-t-il?  Bin Superchéri est au Japon, dans la neige et le froid d’Hokkaido pour prendre des photos d’oiseaux.

Du coup le rythme de nos week-ends est un peu bousculé et je prends le temps de finir ce billet.

 

L’autre jour,  pendant qu’Heidi et sa meilleure-amie-d’un-l’arrêt-de-LRT-plus-loin continuaient de se poiler sur des vidéos youtube de réviser et avancer leurs devoirs,  je me suis dis qu’il était temps de vous refaire un article – un vrai bien lourd à digérer –  sur Singapour…

 

Et comme tout article où je ne fais pas que déblatérer  sur mon quotidien, il m’a fallu un peu de temps pour l’écrire, d’autant plus que j’ai flâné sur le net  fait des recherches sérieuses sur le sujet!

 

taxi_singapour_2

 

Au programme du jour… un de ces sujets qui revient souvent sur la table…  et dont tous les acteurs ou presque ont beaucoup changé leur comportement sur ces derniers mois…

 

Les taxis.

 

Les taxis et Singapour c’est une histoire un peu unique dans le monde. Donc un peu de background s’impose… ( ça justifiera les heures que j’ai passée plongée dans les lectures fascinantes de blogs comme celui-ci   ou celui-là  et sur wikipédia pour mes fun facts  )

 

Il y a grosso modo 100 000 personnes qui ont un permis de chauffeur de taxi valable à Singapour ( par comparaison New York City affichait courant 2014 un peu plus de 50 000 licences valides soit 2 fois moins pour 3 mio d’habitants de plus )  et le métier est protégé: il faut être singapourien pour faire une demande de licence.

 

Le taxi est considéré comme un quasi transport public par la LTA.    Dans un monde où la voiture individuelle reste un rêve pour beaucoup de monde,  c’est – pour le moment encore – en taxi qu’on rapporte ses courses quand on a trop de sacs – on encombre pas les transports publics avec nos sacs ou nos valises!

 

Selon la LTA, en décembre 2014 il y avait sur les routes 28 736 taxis ( comprendre les véhicules) pour environ 60 000 chauffeurs actifs régulièrement.  Quasi 2/3 d’entre eux sont des taxis du groupe Delgro ( les bleus ou les jaunes confondus) qui du coup impose tacitement ses prix, et est régulièrement critiqué tant par ses anciens chauffeurs que par les utilisateurs.

 

Un chauffeur de taxi à Singapour est un indépendant, il n’est pas salarié de la compagnie de taxis, juste le locataire de la voiture. Il loue son taxi à l’une des 6 compagnies mentionnées dans le document en lien ci-dessus, ou il fait partie des rares propriétaires indépendants ( ceux qui sont peints en noirs avec un toit jaune)

 

L'avantage c'est que pour trouver des photos de taxis dans tes archives tu as qu'à chercher quand tu as fait le touriste, tu trouves toujours... ici Orchard rd en 2009 et un toyota crown à la retraite depuis!
L’avantage c’est que pour trouver des photos de taxis dans tes archives tu as qu’à chercher quand tu as fait le touriste, tu trouves toujours… ici Orchard rd en 2009 et un toyota crown à la retraite depuis!

 

Les taxis à Singapour c’est une grogne plus ou moins persistante selon son lieu de domicile aux heures de pointes ( qui selon son quartier ne sont pas celles qu’on pourrait croire logiques)  parce que des taxis il n’y en a jamais! ( enfin surtout quand on en a besoin)

 

Mais aussi des plaisanteries plus ou moins sérieuses et plus ou moins cyniques circulent sur le fait que Singapour a – contrairement au reste du monde – la population de chauffeurs de taxis la plus éduquée au monde,  vu que bon nombre de cabbies démarrent leur carrière parce qu’ils ne trouvent pas de travail dans leur branche d’origine.

 

Les trajets en taxi, ça donne lieu parfois à des rencontres passionnantes, des cabbies qui ont vécu des vies hallucinantes d’expats – si si une fois on a passé tout un trajet avec un monsieur qui avait passé une décennie en Italie avec son employeur, qui du coup s’obstinait à nous parler en “français” sauf que tout son français c’était en fait de l’italien qui sortait dès le second mot…  et ce n’est pas le seul qu’on a croisé sur notre route!

 

Mais comme un taxi à Singapour c’est de part les restrictions ( où leurs absences) propres au pays un peu un filet social en soi, ça fait aussi qu’on croise parfois des personnes sur notre route dont on se dit qu’ils ne devraient plus avoir leur permis professionnel parce que visiblement trop vieux ou handicapés.

 

Les chauffeurs de taxi étant des indépendants, ils se retrouvent dans les pièges classiques de tous les indépendants, où pour assumer leurs charges, ils doivent parfois prendre des risques et travailler alors qu’ils sont à priori trop malades pour le faire.

 

Un taxi à Singapour ça gagne bien sa vie?

 

Même si comme partout ailleurs et dans d’autres branches, certains chauffeurs tirent leur épingle du jeu, la plupart des chauffeurs de taxi de Singapour gagnent de quoi vivre mais guère plus…

 

Les chiffres – non officiels –  qu’on trouve sur le net en terme de frais de location de la voiture pour les chauffeurs semblent avoir pris l’ascenseur ces dernières années avec le renouvellement du parc.  Du côté du consommateur, on a vu les effets du renouvellement du parc via l’augmentation parfois non-négligeable du flagdown sonne petit à petit la fin du petit trajet à moins de 5 dollars.

 

Un des cabbies blogueurs de Singapour décrivait en 2012 sa situation de chauffeur auxiliaire sur un taxi comme un meilleur salaire sur le papier qu’un conducteur de métro, mais qu’à y regarder de plus près, ce dernier était peut-être malgré tout gagnant compte tenu des avantages annexes comme les assurances santé et cotisations retraites.

 

Alors qu’est-ce qui change depuis quelques mois?

 

Le développement important et rapide, comme un peu partout dans le monde,  du recours aux apps tierces pour trouver des courses. Le third-party booking est un business en plein boom, plus ou moins légal selon les pays et leur législation en matière de taxi.

 

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On va dire que dans tous les cas c’est de sacré coups de pieds dans les fourmilières des centrales d’appels et des vénérables institutions souvent poussiéreuses que sont les taxis. ( si si je persiste et signe, j’ai du prendre 2 ou 3 fois le taxi en Suisse… non seulement c’est effroyablement cher, mais c’est inefficace et vraiment plus personne n’est content! )

 

A Singapour les apps qui se substituent aux centrales d’appels comme Grabtaxi ( qui opère bientôt un peu partout dans le sud-est asiatique ), Easy Taxi ( né au Brésil en 2011 et présente dans 30 pays )  ou Hailo ( l’anglaise)  sont déjà quasi complètement dans le cadre légal qui devrait encadrer cette évolution des moeurs.  La LTA est en train de finaliser le projet mais à priori les grandes lignes en sont claires , et avait annoncé fin novembre que ça devrait rentrer en vigueur  d’ici à mi-2015.

Si le groupe Delgro a officiellement découragé ses chauffeurs d’utiliser les apps tierces ( sans grand succès vu le nombre de “busy” qu’on voit sur des taxis bleus ou jaunes de nos jours)  d’autres opérateurs taxis – comme SMRT – dont la centrale d’appel était moins efficace/connue que celle de Delgro ont encouragé leurs chauffeurs à se diversifier pour trouver des courses à la demande.

 

Ces apps tierces, c’est une aubaine pour les quasi 40% de chauffeurs qui ne font pas partie du groupe Delgro, vu qu’ils peuvent enfin accéder aux courses on call à égalité avec leurs confrères roulant chez Delgro.

 

Du point de vue des consommateurs, les apps tierces sont en moyenne plus efficaces que celles de Delgro – même si elles obligent pour le moment encore toutes systématiquement de donner une destination précise, obligation qui devrait tomber lors de la mise en place du cadre annoncé par la LTA.

 

Le prix du booking revient au même ( voire même moins cher) pour le consommateur.  Le chauffeur lui a une carte rechargeable qui est débitée petit à petit en fonction des courses qu’il accepte via les apps.

 

Seul vrai bémol pour les chauffeurs, sachant que la législation concernant le téléphone portable au volant est sur le point de se durcir, ils doivent apprendre à trouver l’équilibre entre rester dans la légalité vis à vis de l’usage de leur smartphone, et ne pas risquer leur sécurité tout en développant leur habitude vis à vis de leur usage de l’app.

 

Bon vous avez survécu? Non parce que bonne nouvelle, j’ai – grosso modo – quasi fait le tour de la question… à un point d’interrogation près…

 

Je n’avais pas encore parlé d’Uber, qu’on ne présente plus au vu du bruit qu’ils font dans la presse du monde entier.  Parce que là,  c’est un peu plus flou de ce qu’il va advenir d’eux…

Pour les services fournis par des professionnels ( type limo ou vrais taxis), nul doute qu’ils tomberont sous le coup du projet de la LTA et continueront d’opérer.

Mais ils proposent aussi à Singapour le service avec des chauffeur non professionnel et des voitures individuelles, et là à priori au moment où la législation sera en place, ils devront peut-être renoncer à cette branche d’activité…   en tout cas sous sa forme actuelle…

 

Affaire à suivre….

 

 

 

 

 

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