Au hasard d’un exercice de math…

Coucou du lundi!

 

 

Bon alors Superchéri va bien… il profite de céder à la vague mondiale de j’envoie-des-photos-de-neige-sur-mon-profil-facebook-parce-qu’il-neige pour une fois qu’il peut 🙂   Et nous tient au courant de ses péripéties japonaises.

Nous, en contrepartie, on le rassure sur le fait qu’il sera bien accueilli à son retour par la ménagerie de la maison!

 

 

Hier soir j’avais prévu de finaliser la mise en page de la nouvelle mouture du site ( j’aimerais changer quelques trucs, avec la nouvelle mise en page, comme faire des pages pratiques avec les répertoires d’adresse… )

 

Et puis Heidi a retrouvé des devoirs de maths qu’elle était sensée rendre le lendemain (aujourd’hui quoi) …  Manque de bol c’était un sujet pas encore vraiment revu cette année,  et  avec le temps et l’énergie qu’il a fallu pour nous en sortir…

Au lieu de faire les travaux de maintenance prévus, j’ai pondu un billet exutoire et je suis allée me coucher.

 

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Au cas où vous l’auriez pas compris… c’est bien ce que vous êtes en train de lire, le billet en question!  J’ai même poussé le vice jusqu’à l’écrire avec la marche impériale en repeat, parce que purée j’en avais gros et que la marche impériale ça défoule!

 

 

Heidi est dys’

 

Ce n’est pas un secret, on en parle même plutôt volontiers. Plus de 6 ans de suivi dans les pattes à ce jour…

 

Officiellement la seule étiquette qu’elle a c’est dysphasie – trouble spécifique du langage –  mais réduire le champ des atteinte au seul langage oral c’est trompeur…

 

 

Elle flirte avec la dyslexie:  elle fatigue vite en lisant et a du se battre avec tous les signes typiques de la dyslexie – lettres qui bougent sur le texte, les lignes qui disparaissent, les lettres qui s’inversent, l’impossibilité de faire le rapport entre le son et la lettre.

Elle flirte avec la dysorthographie:  moins en anglais qu’en français où elle a une meilleure appréhension du rapport entre phonèmes et lettres, mais malgré tout, écrire juste demande de développer des stratagèmes mnémotechniques sans cesse.

Elle flirte avec la dyspraxie:   et y’a pas de doute sur le sujet… dès qu’elle est fatiguée Heidi n’a vraiment plus aucune coordination!  Apprendre une chorégraphie reste du domaine de l’impossible…  on est déjà content qu’elle se rappelle comment freiner sur un vélo quand elle doit gérer son guidon en même temps ou comment bouger bras et jambes en même temps quand elle nage ou fait de la balançoire.

Et puis bien entendu…  elle flirte avec la dyscalculie…

 

C’est pas étonnant: les maths c’est la forme la plus pure de séquences et de généralisation.

 

Des réalités toujours vraies dans tous les cas de figure dans lesquels on puisse imaginer les utiliser. Une addition reste toujours une addition, une soustraction toujours une soustraction.  Quand on connait les règles, on peut les appliquer partout tout le temps…

 

Le cerveau d’Heidi se bat avec les séquences. Il déteste généraliser.  Il voit toutes les différences et jamais les points communs quand il classe des informations.

 

 

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Pour apprendre à parler, Heidi avait du se battre pendant des années…

 

Et puis un jour elle a atteint un palier, la masse des connaissances linguistiques que renferme son cerveau en anglais et en français lui permet de trouver des chemins pour accéder à l’information et parler raisonnablement facilement.

 

Un exemple, parmi d’autres,  à l’époque pour apprendre les noms des animaux – et arriver à les redire sur demande sans se tromper – on avait travaillé pendant 3 à 5 semaines par famille,  avec les mots par écrit, en couleur,  en images, en collage, par homophonie, par homonymie, avec les expressions associées ( doux comme un agneau dans le cas de la famille du mouton)  les sensations ( toucher de la laine)  les associations d’idées ( les chiens de bergers)   en mouvement, à son bureau, en racontant des histoires, dans plein d’endroits différents.

Quand elle range un nouveau mot, elle le retrouve plus facilement qu’avant parce qu’elle a une telle quantité de mots emmagasinés, avec tellement de sensations associées qu’elle a mille et une façon d’y accéder, y compris celles qui ne font aucun sens pour nous.

 

C’est pour ça aussi que je montre les crocs quand on l’embête pour l’apprentissage d’une autre langue…   parce qu’à moins que par miracle la langue en question plaise à son cerveau et aux rangements déjà en place, le travail à fournir est titanesque et elle se bat avec assez d’autres choses comme ça. Elle est bilingue… pour une dysphasique c’est déjà pas mal!

 

En math on a – malheureusement – pas encore atteint ce palier d’amorces et de chemins qui lui permettent enfin de conserver ses connaissances.

 

Du coup elle passe son temps à oublier…

 

Et elle passe son temps à réapprendre…

 

La connaissance est là… quelque part…  mais elle est incapable d’y accéder. Il faut recréer un chemin à l’information dès qu’elle n’utilise pas un type d’opération ou un autre pendant quelques jours à quelques semaines.

Un peu comme ce que deviendrait le Singapour manucuré sans son armées de travailleurs qui taillent, coupent et replantent sans cesse en quelques mois: une vraie jungle inaccessible. Les bâtiments seraient toujours là, juste cachés par la végétations ( et si vous me pensez folle…  il n’y a fallu que 400 ans aux temples d’Angkor pour être oubliés de tous dans la jungle! )

 

 

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Enfin sauf quand on parle d’argent…  l’argent ça reste…  mais savoir additionner, soustraire, multiplier et diviser de l’argent ne lui permet pas de compter quoi que ce soit d’autres!

 

C’est con hein…

 

On se dirait logiquement qu’elle se fout de notre gueule et que y’a ka, hein…

 

Bin c’est logique pour nous, par pour elle…  Vous vous rappelez ce que j’ai dit plus haut… son cerveau déteste généraliser.  Comment comparer de l’argent et une distance, de l’argent et des pommes ( ou les chicken rice de mrs Lee pour faire couleur locale) … c’est incomparable!

 

Je me suis arraché des cheveux… encore et encore…

 

Et puis j’ai fini par admettre que non…  c’est logique pour moi mais par pour elle… et qu’on a pas le choix – comme pour tous les langages qu’elle a appris – de répéter encore et encore en espérant qu’un jour elle atteindra ce socle qui restera enfin facilement accessible et sur lequel elle pourra construire plus facilement.

 

Ce dimanche elle refaisait pour la première fois de l’année des multiplications à 2 chiffres.

 

Avec le doublon d’année scolaire, c’est au moins la 3eme année qu’elle en fait.

 

Elle divise sans sourciller, et comme la connaissance a été déjà rafraichie, elle le fait avec une habileté raisonnable…

 

Mais hier soir face aux multiplications à 2 chiffres, elle savait plus si elle devait les prendre de gauche à droite ou de droite à gauche…  elle a tout tenté avec son calcul: additionner les chiffres du haut à la première colonne ( en partant de la gauche comme pour l’écriture… indice elle a déjà rafraichi les divisons 😉 )  puis à la seconde colonne…

 

Additionner, diviser, soustraire,  dans tout et n’importe quel sens…

 

On a ressorti la grande feuille, les crayons de couleurs, et on a découpé par étape, en la faisant entourer les opérations dans l’ordre où elle doit les faire, changeant de couleur à chaque étape…

 

Et quand on était au point sur l’ordre où elle devait prendre ses chiffres et les traiter ( 6 calculs au moins pour y arriver)   il a encore fallu gérer les retenues qu’elle savait plus où mettre…

 

Les 6 calculs et les 6 problèmes ont pris une heure et demie…

 

 

 

p.s. z'avez vu c'est mrs. Lee qui gagne plus que son mari... et pas qu'un peu!
p.s. z’avez vu c’est mrs. Lee qui gagne plus que son mari… et pas qu’un peu!

 

Les minutes s’écoulaient désespérantes…   mon coeur de maman ravagé par la souffrance de la voir patauger et recommencer encore une fois un apprentissage que je sais qu’elle s’est déjà battue tellement de fois pour acquérir.

 

Au milieu de la rage et de la tristesse, la fierté et les sourires…

 

La fierté pour ma fille, qui remet 1000 fois l’outil sur le métier, inlassablement…

 

Elle a admis les bugs de son cerveau comme une donnée de vie, mais depuis l’école singapourienne, elle ne le voit plus comme un échec personnel ou la marque de sa nullité, juste comme le fait qu’un jour ça finira par rentrer et qu’elle doit s’obstiner.

 

La fierté pour moi – si si ça fait du bien de se lancer des fleurs dans ces moments-là – parce que j’ai pas cédé à mon agacement face à la page blanche de son cerveau,  mais que j’ai pris le temps, dans le calme pour tout reprendre… sans jamais marmonner un ” ohhh mais tu le fais exprès!!!” ( oui je suis humaine… et je m’énerve des fois quand elle tout oublié… )

 

Du coup on a fait le tout dans le calme sans s’énerver et ça c’était cool!

 

L’autre truc cool:  c’est que petit à petit, je vois quand même les mini-paliers apparaitre.   Hier soir, quand Heidi remanipulait pour la première fois ses multiplications à 2 chiffres, elle n’a pas du recourir à compter sur ses doigts ou faire des traits sur une feuille pour s’en sortir…

 

Souvent, quand elle acquiert ou réacquiert une connaissance, elle repart du tout début…   et l’année dernière encore, quand elle avait réappris à multiplier et diviser, il avait fallu passer par un comptage sur le doigt de 3 + 5 pour arriver à 8…

 

Elle avait aussi un accès plutôt raisonnable à ses tables de multiplications – qu’elle bosse de manière intensive en ce moment à l’école… l’école singapourienne ne croit pas à l’apprentissage par coeur des tables version récite-les-ma-chérie mais plutôt version tu-vas-les-faire-tellement-de-fois-dans-tellement-d’exercices-différents-que-tu-vas-les-connaitre et ça c’était pas gagné.

 

Trop souvent je l’ai vue se débattre avec des connaissances inaccessibles parce qu’elle ne voyait pas le lien entre son exercice et ce qu’elle savait déjà…

 

Ce que j’ai vu hier soir, me fait espérer un palier un jour pas trop lointain…

 

( si possible avant qu’elle apprenne à dériver ce serait sympa… parce si elle doit compter sur les doigts quand elle calcule un sinus ou un cosinus, des équations à 3 inconnues…   j’en ai déjà des sueurs froides… j’ai pas de feuilles de papier assez grandes pour ça!  )

 

Bon bin me défouler un grand coup, ça c’est fait!

 

Je vous souhaite une bonne journée!

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