La pression en école locale

La question est récurrente, c’est quasi la première inquiétude exprimée par les parents qui font le choix de mettre leurs enfants en école locale.

 

 

Le problème est réel:  au point que le MOE a décidé depuis l’année dernière de ne plus publier les noms des meilleurs résultats au PSLE*  pour tenter de dissuader la poursuite de l’école idéale – vu qu’il est maintenant impossible de savoir avec des données fiables quelles écoles regroupent le plus grand nombre de top scorers

 

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le grand drame de la non-publication des noms:  New Moon a du changer son concept de pub…

 

Mais sérieusement un échec scolaire,   des trucs comme le fait de re-descendre du programme pour élèves brillants au programme général, la pression scolaire en général sont parmi les raisons les plus fréquemment invoquées chez les jeunes en dépression.

 

 

Alors faut-il avoir peur de l’école locale?

 

 

La quantité de travail scolaire est non-négligeable, à fortiori si l’enfant a ses classes de mandarin.

 

Le programme de mandarin est lourd, avance vite – au point où ils sont d’ailleurs en train de le reformer parce que trop de petits singapouriens peinent à garder le rythme –  et à moins d’avoir une bonne mémoire visuelle, demande une discipline de fer pour suivre le rythme d’apprentissage des caractères.  Heidi est exemptée, vu qu’elle ne parlait pas un mot de mandarin à son entrée dans le système le retard était impossible à combler.

 

Mais la pression est-elle insupportable pour autant? Si je m’en tiens à ce que je vis à la maison, non, absolument pas:

 

Heidi est plus heureuse et détendue face à ses résultats d’examens qu’elle ne l’a jamais été…  Même pour des tests passés au ras-les-paquerettes elle est rentrée contente, sans une seule remarque écrite par ses professeurs sur ses feuilles…

 

Oui elle a du travail,  c’est clair,  mais par contre l’emballage est radicalement différent de l’éducation française.

 

Du coup dans ses yeux à elle, c’est une école insouciante alors qu’elle percevait le Lycée Français comme la noyant sous une pression insupportable.

 

Ça semble un peu schizophrène…

 

D’autant plus quand on lit des témoignages de singapouriens qui s’exilent pour offrir à leurs enfants l’école insouciante qu’ils disent ne pas trouver ici…

 

 

A y regarder de plus près…

 

 

Souvent la pression est sociale, les pairs, les parents…  quand le MOE a décidé de ne pas publier les listes des top scorers au PSLE,  illico des parents ont lancé leurs propres listes pour tenter de rassembler malgré tout l’information 

 

Heidi a effectivement des copines de classe qui sont terrorisées de ne pas ramener “full marks” ( zéro faute quoi) à leurs tests, et faire partie de la classe “avancée” est visiblement un honneur dont rêvent beaucoup de parents…

 

Par contre de ce qu’on voit comme retour dans le discours des professeurs, si Heidi passe un examen au raz-des-paquerettes, elle entend les commentaires comme constructifs,  revient avec beaucoup d’encouragements de type si tu travailles tu vas y arriver!   L’échec fait partie de l’apprentissage, etc.

 

Tandis qu’avant elle revenait avec des commentaires au stylo rouge sur son examen ” tu m’as déçue” et en cauchemardait pendant une semaine.

 

 

De ce que je peux voir avec Heidi…

 

 

L’école donne du travail… et la masse de travail n’est pas constante au cours du trimestre.

 

Les premières semaines elle revient régulièrement sans devoirs,  ou des petites corrections terminées en moins de 10 minutes.   Alors que vers la fin d’un trimestre, elle est noyée sous les revisions,  et les heures de devoirs s’alignent facilement. Il faut le savoir et factoriser avec dans son organisation de la semaine.

 

L’avantage c’est que j’ai rarement besoin d’inventer des revisions moi, il me suffit de m’assurer qu’elle fait ses devoirs.

 

Enfin sauf pour les examens de fin d’année ( parce qu’à ce jour, les systèmes de notation commencent très rapidement à fonctionner selon des systèmes de semestrielles, plutôt que de tests continus comme on en a l’habitude en Suisse ou en France dans le primaire)  où comme tout le monde je m’improvise un peu kiasu mom en dilettante et j’imprime quelques examens de l’année dernière – en math, la bête noire d’Heidi principalement –  pour lui faire faire quelques revisions de plus.

 

Mais l’école  elle-même met peu la pression. ( on parle d’une école ordinaire, hein pas d’une “grande école” dans lesquelles de toute façon un enfant même PR n’a essentiellement aucune “chance” d’entrer  )

 

Aussi longtemps que l’enfant fait son travail, ce n’est jamais les professeurs qui font des remarques dévalorisantes quand le travail rendu n’est pas à la hauteur. Heidi n’a même pas de remarques sur son écriture ( alors qu’elle varie considérablement d’appliquée à carrément illisible selon sa fatigue)

 

Je me suis toujours pas remise de la réunion de moitié d’année… ou le bulletin d’Heidi montrait qu’Heidi avait sérieusement planté son second trimestre en math, et où la seule discussion qu’il y a eu c’est ” essayer de voir comment la faire travailler un peu plus, pour qu’elle améliore son automatisation de ses tables de multiplications”

 

Pour un bulletin similaire, la discussion en système français avait duré 20 bonnes minutes, avec de grosses questions existentielles profondes de savoir mais pourquoi donc ma fille mettait tellement de mauvaise volonté sur ses maths parce qu’elle en était capable, parfois elle y arrive… et qu’est-ce que nous faisions de faux.

 

Comme pour notre part, nous ne mettons pas de pression sur les résultats d’Heidi,   il ne reste que la pression qu’elle se met elle-même ou celle de ses camarades de classe.

 

 

Après sur la question masse de travail,

 

 

compte tenu d’Heidi qui venait du LFS, de ce qu’on devait faire comme revisions extra-scolaires pour gérer le programme…  Honnêtement on a gagné au change là pour ce qui est du temps total passé à travailler pour l’école en dehors des heures de cours.

 

Maintenant selon les systèmes dont vient l’enfant,  et la quantité de travail qu’il avait l’habitude d’abattre, tous les enfants ne trouvent pas la transition aussi simple, et les enfants qui surnagent pendant au moins  les 6 premiers mois de leur vie scolaire dans le système local ne sont pas rares.

 

Petit conseil donc, si vous avez un enfant bientôt en âge d’intégrer le système primaire local, choisissez avec soin son kindie.

 

Un Kindie local, qui prépare à la charge de travail dans le primaire, et met les élèves à niveau peu sembler un peu rude et laissant peu de place aux délices de l’enfance.  Mais il met les enfants dans le bain et leur donne une meilleure chance de gérer la transition facilement entre le kindergarten et le primaire.

 

Pourquoi ce billet maintenant?  Parce qu’Heidi est en plein dans ses semestrielles de fin d’année,  j’ai d’ailleurs un bilan après un an que je commence gentiment dans les drafts à venir dans les prochaines semaines.  Mais je peux déjà vous dire que quoi qu’il arrive aux semestrielles,  Heidi aura vécu une année d’école comme on en avait jamais connu, et que ça a été un vrai bonheur de A à Z!

 

Bonne journée!

 

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  • Tres interessant ce poste. J’entends tout le temps des avis contraires au niveau de la pression scolaire, mais a chaque fois il s’agit de personne n’ayant pas teste l’ecole locale singapourienne.
    Un autre reproche que j’entends souvent concernant l’ecole locale c’est qu’elle ne permet pas de developper la creativite. Qu’on apprend aux eleves a appliquer et que personne ne pose de question.
    Encore des prejuges ?

    • merichan

      Si je me base sur ce que je vis avec ma fille, clairement – dans son école – la créativité est encouragée selon les disciplines ( difficile d’être créatif en math et question composition, on attend pas de la poésie ou du lyrisme, les compositions restent des textes utiles et moraux – genre les risques des pots de fleurs tueurs sur les balcons, c’est du vécu elle m’en a ramené une comme ça )

      Par contre si l’enfant montre du talent pour une discipline artistique, ou un sport il sera souvent plus encouragé.

      Et puis d’une manière générale l’enseignement singapourien change et change très très vite. Les programmes sont en constante mutation pour justement contrer cette critique du manque de développement de méthode de pensées par soi-même et de créativité.

      Et si cela pouvait être vrai il y a quelques années, de nos jours, ça ne l’est de moins en moins… même dans les écoles les plus traditionalistes.