L’expatriation et trouver une école quand on a un enfant différent…

Alerte pavé, parce que malheureusement difficile de faire court sur le sujet, d’autant qu’il me tient à coeur, vu qu’on l’a vécu de l’intérieur.

 

Trouver une place en école quand on part en expatriation n’est pas forcément simple.  Il y a les périodes où les écoles sont saturées, les programmes ne coincident pas.

 

Pas mal d’écoles privées sont financées en partie, voire carrément montées par des entreprises, désireuses de répondre aux inquiétudes de leurs futures expatriés ” Et pour l’école on fait comment?”

 

L’école  c’est un peu le nerf de la guerre quand on s’expatrie en famille…  Frais scolaires qui étouffent ou sont pris en charge?  Continuité du programme et des habitudes scolaires pour minimiser les perturbations sur la vie des chérubins?   Le choix est lourd de conséquences, jamais anodin et super sensible pour beaucoup de parents selon les choix qu’ils ont fait ou pas…  On parlait récemment de tensions dans le couple expatrié chez Olivia & Adeline  les sujets écoles sont un bon exemple des tensions qui peuvent devenir énormes dans le couple, surtout quand ça ne se passe pas bien.

 

Si l’enfant n’est pas heureux à l’école, que l’école choisie n’est pas à la hauteur des attentes ou que la prochaine destination potentielle pose le problème de l’absence d’école appropriée respectivement de frais scolaires qui vont devenir compliqués à gérer; c’est tout de suite une bombe – de plus- dans les conversations du couple.

 

Quand nous avions fait le choix de mettre Heidi en lycée français il y a de cela 5 ans, on avait des considérations liées à sa maitrise du français, mais aussi et surtout la question d’un avenir pas très défini,  pas d’image claire sur où on se voyait 5 ans plus tard… et les lycées avec un réseau dense, et des prix finalement raisonnables un peu partout dans le monde nous semblaient une alternative qui faisait sens, parce que si on rentrait on savait qu’on avait une certaine correspondance entre le système suisse et le système français, et parce que si on partait ailleurs, on avait une bonne chance de trouver un autre lycée sur notre route.

 

Inutile de préciser que ça avait été le fait de nombreuses conversations plutôt fun entre Superchéri et moi.

 

A l’époque – on était à cheval entre Hong Kong et Singapour, donc Heidi avait été acceptée dans les 2 lycées avant que le choix final ne se fasse –   une des choses qu’on avait regardé, c’était déjà les petits caractères qui concernait l’accueil d’un enfant avec des besoins spécifiques ( l’accueil d’un enfant différent quoi )

 

On avait quitté la Suisse avant d’avoir réellement des problèmes… mais le temps qu’on doive lui trouver une place en école, on avait déjà une bonne idée des difficultés qu’on allait rencontrer.   Un programme de soutien et d’encadrement dans l’école, c’était pour nous une bouée de sauvetage, la sensation qu’on allait pas faire tant de torts que ça à notre enfant dans le pays d’accueil parce qu’on trouverait de quoi l’aider.

 

Je ne parle même pas des questions de suivi extra-scolaire. Ce qu’on trouve en extra-scolaire peut prendre des allures kafkaïennes: lors d’une de nos années scolaires ici au LFS ( sachant qu’en théorie la rééducation doit se faire dans la langue de scolarisation pour que l’enfant en profite un maximum )   il n’y avait essentiellement plus qu’une orthophoniste ayant le droit de travailler légalement à Singapour.  Elle était seule, avait reculé son départ définitif pour ne pas mettre plein de parents encore plus dans la panade et passait son temps à faire des aller-retour entre la France et Singapour.  Cette année-là Heidi – qui aurait eu techniquement de plus gros besoins – avait pu obtenir 30 minutes par semaine en français  ( après pas étonnant qu’on soit aller voir chez les anglophones pour le suivi!)

 

La situation s’est heureusement améliorée depuis pour Singapour. Mais cette difficulté d’accès aux moyens de soutiens pour nos enfants – comme ergothérapie, psychomotricité, orthophonie – c’est une réalité, surtout selon la langue dans laquelle l’enfant s’exprime. Le fait d’être expat’ ne protège absolument pas des listes d’attente interminables et du casse-tête chinois pour espérer avoir un suivi!

 

Ça oblige aussi les parents d’enfants différents à se reposer complètement sur les structures de l’école quand il y en a, et met une vraie pression sur l’école pour fournir ces professionnels  para-scolaires  en suffisance ( sachant que si statistiquement on sait combien d’enfant on devrait avoir avec des soucis, les statistiques sont juste ça… des moyennes )

 

Avoir un enfant différent complique donc fortement les envies d’expatriation d’une famille. Outre la difficulté du suivi en extérieur,  trouver une école qui prend l’enfant n’est parfois pas une sinécure.  Il y a  par exemple des problèmes techniques: les parents d’enfants en chaise roulante apprendront par exemple vite que le LFS n’est pas fait pour eux: l’école n’est pas accessible.

 

Les parents d’enfants fortement handicapés n’ont généralement aucune école qui leur ouvre les portes. Pour Singapour,  ces écoles ouvertes spécialement pour les enfants avec des challenges importants sont pour la plupart même pas capables de répondre aux besoins des citoyens. Inutile donc d’espérer y trouver de la place pour un enfant étranger.    Reste alors des petites structures privées:  le cabinet qui suit Heidi a ainsi ouvert une petite structure pour scolariser les enfants dont personne ne veut, Dover Court a aussi une section de l’école pour des enfants différents.

 

Heidi n’a pas sa place dans ces structures, sa place est dans l’école ordinaire, avec quelques petits aménagements pour ses difficultés, rien qui ne perturbe outre mesure la vie de la classe et la tâche du professeur.  Mais ça demande quand même de la communication en plus entre parent, école et thérapeutes.  C’est ce qu’on a pas eu au lycée français.  Et c’est à la racine de notre départ en catastrophe de l’école.

 

Ok. On l’a fait… et après?

 

Après on a vécu la réalité pratique d’avoir un enfant différent AVEC un diagnostic quand on cherche une école en période ou les écoles internationales sont saturées.

 

Sur le papier, la plupart des écoles qu’on a contacté avaient des programmes pour gérer les enfants différents et ce ne serait pas un souci.  C’est particulièrement vrai à Singapour où jusqu’à une dizaine d’année en arrière, le gouvernement ne mettait que peu de choses en place pour accueillir les enfants différents, et où l’essentiel des places de scolarisation pour des enfants en difficulté se trouvaient dans le privé.  On nous demandait de transmettre toute la documentation pertinente lors de l’inscription.

 

Et c’est là que les choses se gâtent…

 

Nous ne sommes pas les seuls à rapporter des expériences similaires, quand on est ouvert et qu’on donne le diagnostic et la documentation, on se fait souvent répondre que non, on est navré on ne va pas pouvoir accueillir votre enfant…

 

On est sur des listes d’attente artistiques du genre ” euh rappelez 2 jours après la rentrée, on pourra vous dire si on a eu des désistements dans les enfants qui avaient besoin de suivi et qu’on a une chance de pouvoir la prendre ”

 

Moralité, tous les parents qui le peuvent finissent par avoir la tentation de ne RIEN dire pendant l’inscription.  En théorie on nous signifie clairement sur les formulaires d’inscription que retenir des informations pertinentes est un motif de rupture de contrat. En pratique, pas mal de parents prennent le risque.

 

Inutile de préciser que le processus a été très angoissant pour Heidi, qui n’aimait pas vraiment l’incertitude…

 

Pour finir, on a réalisé que les seuls qui ne posaient aucune question d’entrée de jeu… c’est le gouvernement singapourien. On avait pas à mentir, académiquement notre fille peut suivre…   ce qu’on savait du système local était prometteur quant aux besoins de notre fille en terme de structure et de stabilité. Avec la cerise sur le gâteau que  le gouvernement a commencé depuis 2004 à prendre sérieusement les besoins des enfants différents, et que toutes les écoles primaires  et un nombre certaines d’écoles secondaires sont maintenant équipées pour gérer un enfant avec des difficultés légères ( dys’, trouble de l’attention, autisme léger )

 

Et voilà un peu comment a commencé pour nous l’aventure de l’école locale,  qui prenait d’autant plus de sens qu’on fait notre nid ici, et qu’à vrai dire on veut bien rester  longtemps encore…

 

Prochain épisode de la saga de l’entrée en école locale:  la grande aventure de l’AEIS qu’on a vécu en octobre dernier

Bonne journée!

  • Clothilde Mary

    Etes vous toujours a Singapour? J’ai des jumelles avec des TED dont une avec un autisme atypique et le LFS les a prises. Dois-je avoir peur?

    • ga_merichan

      Nous sommes toujours à Singapour, mais Heidi n’est plus au LFS.

      Honnêtement même si notre expérience avec le LFS n’a pas été un succès retentissant, il y a plein d’autres parents d’enfants différents qui sont contents du suivi.

      Un des gros problèmes qui jouait contre nous et a facilité la rupture du dialogue, à posteriori, c’est le fait que nous avions un suivi anglophone, des diagnostics anglo-saxons pour un diagnostic qui est arrivé en cours de scolarité ( à vivre en asie depuis 8 ans, et ne pas être français, nous n’allions quand même pas aller en France passer des vacances diagnostics, non? Bin si! Si on avait voulu que les diagnostics soient réellement pris au sérieux, oui il aurait fallu. Sur ce point précis, nous ne sommes pas les seuls parents à avoir rapporté cette expérience. Certains diagnostics posés à Singapour sont mal vus et considérés comme abusifs selon d’où ils viennent)

      Mais en entrant en LFS avec un diagnostic, la donne est différente, ils les ont accepté avec le diagnostic, ils sont donc prêts et attentifs. Pas de raison que ça se passe mal 🙂

      p.s. pour plus de détails, laisse-moi un email gaelle . merichan (at) gmail . com ( tu enlèves les espaces et change le at par un @ 😉

  • Séverine

    Au vu de toutes les étapes difficiles que tu as passées avec ta fille ça fait plaisir de voir que vous avez trouvé une solution qui est avant tout une solution pour son bien être. Comme quoi le bonheur n’est pas forcément où l’on croit…

    • ga_merichan

      merci pour l’occasion que tu m’as donnée de relire l’article… de voir le chemin à nouveau parcouru depuis…

      Comme le temps passe!

      Effectivement le bonheur n’est pas forcément là où on le croit, et on ne regrette pas le chemin qu’on a pris