Le LFS, Heidi et nous…

Un billet depuis longtemps dans les drafts, sur lequel j’ai enfin le temps de me poser. Attention pavé pas très joyeux…  mais qui répondra à certaines des questions qu’on m’a posé sur les derniers mois.

Suffisamment d’eau a coulé sous les ponts pour nous permettre de digérer, de mettre un peu d’eau dans notre vin, de pouvoir enfin parler de ce qui s’est passé sur les 16 derniers mois.

Je suis passée comme chat sur braise sur nos difficultés avec Heidi et l’école tant qu’on était en plein dedans. M’épancher sur le blog ne me semblait honnêtement pas la meilleure des idées pour essayer de résoudre les soucis.

En mai 2013, après presque 4 ans de scolarité au LFS, Superchéri et moi avons pris, sur ce qui peut sembler un coup de tête,  la décision de retirer du jour au lendemain notre fille de l’école.  On avait encore aucune solution de rechange, aucune porte de sortie, mais on était épuisé de la voir en souffrance, s’enfoncer, disparaitre sous nos yeux et de se heurter à un mur.

 

Pourquoi? Comment en est-on arrivé là?

 

Heidi n’est pas à proprement parler une enfant ordinaire. En fin de CE1,  la question de sa souffrance à l’école et du besoin de mesures d’accompagnement se posait déjà, les taux d’angoisses d’Heidi face aux exigences de la vie scolaire causant déjà des perturbations dans notre quotidien.

 

A la rentrée en CE2, ça a tourné au pur cauchemar.  Je vous passe les détails, mais on va résumer en disant qu’au moment où on commence une crise d’angoisse à l’idée de savoir que sa fille rentre à la maison sous peu et qu’on est dans l’expectative effrayée de savoir si elle va rentrer de bonne ou de mauvaise humeur, la situation n’est pas au beau fixe.

 

Les rapports d’orthophonie sont clairs: Heidi est dysphasique, elle a besoin de mesures d’accompagnements pour que sa scolarité se passe plus harmonieusement.  Ce n’est pas la seule casserole que traine Heidi, mais sur les autres vous m’excuserez de rester plus discrète,  elle a aussi des problèmes de socialisation, on va dire que de parler du dys’ ne couvre qu’une partie de ce qu’elle est.

Le dys’ reste ceci dit sans doute une des préoccupations les plus pertinentes vis à vis de sa vie scolaire.  Elle fatigue très vite à la lecture, si elle copie elle met tellement d’énergie à recopier qu’elle n’a pas la moindre idée de ce qu’elle a écrit.

Maintenir les standards de calligraphie de l’éducation nationale nuit à la qualité de son travail…

On se lance dans la communication avec sa maitresse, on insiste pour avoir le service de soutien de l’école qui regarde aussi la situation.

On ne demande pas grand chose: des tiers-temps aux examens qu’elle utilise ou pas. Des polycopiés des leçons pour qu’elle puisse avoir une bonne base de travail et ne pas s’épuiser à les recopier pour rien.  Des mesures relativement typiques pour un enfant dys’.

Des mesures qui ont déjà des cases pré-écrites dans les protocoles d’accueils individualisés fournis par le lycée. Que de base le lycée explique être capable de fournir.

Mais de semaine en semaine on se rend compte que les choses se gâtent: notre fille va de moins en moins bien.  Et en parallèle impossible d’obtenir une coopération efficace de la part de l’école.

 

Pourquoi?

 

Parce que l’école grandit trop vite, et l’encadrement disponible peine à grandir aussi vite que la demande.

Il y a aussi ces rumeurs de conflits internes ( et oui, la communauté francophone de Singapour est un immense poulailler et les rumeurs y circulent diablement vite)  qui ne doivent pas faciliter la communication.

Parce que notre fille n’est pas en difficulté profonde dans le cadre de l’école. Elle maintient des résultats scolaires raisonnables, alors pourquoi crions-nous à la souffrance scolaire?   Euh bin parce qu’elle fait bonne figure pendant les heures d’école, que nous on récupère les pots cassés à la maison et que je passe ma vie à réviser son programme avec elle en dehors des heures scolaires,  parce qu’elle me demande de l’aide pour ne pas couler, donc que je sais précisément ce qu’elle ne savait pas avant que je ne le lui rééexplique.  ( Un des contrôles que je n’ai pas eu le temps de reprendre avec elle, elle a tout répondu de travers et s’est prise une telle brossée que l’angoisse de l’échec était bien plus importante que son ras-le-bol à l’idée de reprendre en dehors des heures de cours toute la matière qu’elle n’avait pas comprise)

Il y a surtout un énorme conflit de vues philosophiques entre l’équipe qui suit Heidi en dehors de l’école – anglo-saxonne –  et l’équipe qui devrait coordonner le tout au niveau du lycée.

Ils ne parlent pas le même langage, et ce n’est pas qu’une question de langue hein, mais bien de formation et de croyances médicales. Et on assiste à un authentique dialogue de sourd avec notre fille prise en otage au milieu. Des conversations kafkaïennes du type ” j’ai vu [Heidi] 2 fois 30 minutes, absolument pas assez pour me faire une opinion” et 30 minutes plus tard dans la conversation la même personne qui expliquait qu’elle ne pouvait pas une seule seconde accorder la moindre crédibilité au rapport de l’équipe suivant Heidi en extérieur – en face de la personne représentant la dite-équipe, hein,  parce que nous n’étions pas venus seuls à la réunion, on est pas fou! –  parce que ce n’était absolument pas compatible avec la petite fille qu’elle avait rencontré.

Ces 2 fois 30 minutes qui ne lui suffisaient pas à se faire une opinion, devenaient néanmoins suffisantes pour décréter le rapport de ses confrères anglo-saxonnes irréaliste!

On aurait un rapport en français en directe provenance de France, les choses seraient sans doute différentes… mais voilà on est suisse, en asie depuis des éternités. On va quand même pas aller en France en vacances juste pour un rapport d’orthophonie qui soit plus facilement écouté, non?!

On force la communication à chaque étape, et on fait du coup bien ressentir que c’est parce qu’on insiste, mais qu’eux ne voient pas l’utilité de la démarche.

Pendant ce temps les comptes rendus du jour d’Heidi ne cessent de se dégrader. On réalise à l’étalon anniversaire, qu’elle n’a effectivement plus d’amies, la situation en classe semble objectivement se dégrader. Heidi a entendu des choses de la part des adultes qui ne sont pas dignes d’un professionnel.

Pour rendre à César, notre fille en souffrance n’est pas un cadeau, on est bien placés pour le savoir, et à aucun moment je ne blâme la maitresse ni ses camarades d’en avoir eu marre et de l’avoir fait sentir.

Non, je trouve juste dommage ce gâchis qui fait qu’il a été impossible de trouver une solution à l’amiable intra-classe ou intra-école ( parce qu’à 10 classes du même degré, du moment où la situation était pourrie dans sa classe, il y aurait eu de la place pour trouver une solution alternative, non? Je l’ai vécu, c’est faisable: j’ai eu des problèmes en classe dans mon enfance, et les deux fois l’école a pris des mesures, une fois en me changeant de classe, une fois en me réintégrant dans ma classe après avoir fait des debriefings par des spécialistes avec les autres enfants )  Là, j’ai gardé l’impression que sa maitresse n’était pas soutenue pas son encadrement,  que c’était silence radio, que personne ne savait ce que faisait l’autre et que le seul moment où ils trouvaient un semblant d’unité entre les uns et les autres c’était pour jeter la faute sur nous, et tenter de nous faire porter le chapeau pour toi.

On nous a reproché des décisions unilatérales, des absences répétées…

Bin oui : à choisir je préférais faire seule ce que j’estimais être au mieux pour ma fille, étant donné que toutes les tentatives de communication avaient échoué.  Des demandes de rendez-vous qui n’aboutissaient jamais,  un silence radio absolu, qui nous forçaient à recourir à des tactiques ne simplifiant pas la situation comme embusquer la maitresse au sortir des cours pour lui parler quelques minutes.

Personne n’était blanc ou noir dans cette histoire, hein, je ne dis pas qu’ils ont fait tout faux et nous tout juste.  Maintenant il est clair que nous étions bien évidemment du côté du bien-être de notre fille ( dont l’absence de bien-être se répercutait sur toute la classe ) et que nous allions réagir en fonction.

D’autant plus que nous étions “clients”. N’étant pas français nous payions une jolie somme annuelle à l’école, qui ne se prive pas de rappeler qu’elle est une école privée quand ça l’arrange et rattachée à l’éducation nationale quand ça l’arrange aussi, vivant ce paradoxe au quotidien – c’est  un grand classique des conflits d’assemblée générale ça, et de notoriété publique!

Ayant la chance de ne pas être pris en otage ( Heidi pouvait basculer dans le système anglophone)  nous avons choisi de cesser de nous battre et d’aller voir ailleurs si on y était, face à la rupture de la communication.

A noter que depuis une partie de l’équipe de direction a changé, donc aucune idée de savoir à quel point le phénomène est toujours en place. Je sais juste que nous n’étions de loin pas les seuls parents à nous plaindre des problèmes de réactivité de l’équipe de direction cette année-là, du moment on leur demandait quelque chose.

Le LFS reste une très bonne école aussi longtemps qu’on a des enfants moyens, qui rentrent dans le moule.  Ils sont facilement dépassés face à la différence, quelle qu’elle soit.  Ceci dit, il y a d’autres parents, avec des enfants différents pour lesquels ça se passe très bien, il y a des parents d’enfants ordinaires dont la scolarité tourne au cauchemar.  Il n’y a pas de règles absolues.

Maintenant une chose de sûre, quand ça tourne vinaigre, c’est très très dur – d’autant plus dans une communauté de la taille de Singapour où tout le monde se connait, que le téléphone arabe fonctionne à fond et que les rumeurs circulent plus vite que leur ombre –  de trouver une résolution pacifique et de faire redescendre la pression.

Changer d’école, reste, si on peut le faire, la solution la plus simple au problème… dont acte!

La page du LFS s’est refermée pour nous, et à vrai dire, on ne le regrette vraiment pas. Heidi est toute contente en école locale, plus heureuse qu’elle ne l’a jamais été au LFS…