L’AEIS c’était comment?

Comme dit dans le précédent billet, nous avons fait le choix d’inscrire Heidi à l’AEIS ou Admission Exercise for International Students pour son entrée en école locale. Il faut dire que lorsqu’on a réalisé que l’école locale devenait notre meilleure option, nous étions pile poil dans la période d’inscription pour la session d’octobre pour une rentrée en janvier…  ça devenait donc une solution tout à fait raisonnable.

 

L'ambiance est donnée... c'est une grosse machine!
L’ambiance est donnée… c’est une grosse machine!

 

L’AEIS est optionnel lorsqu’on réside à Singapour et que l’enfant est en DP ( ou enfant de diplomate ;-))  mais c’est un passage obligé – quasi un Saint-Graal –  pour deux autres catégories d’enfants:

Les enfants dont les parents n’ont aucun statut légal à Singapour, les enfants dont les parents ont un statut légal à Singapour mais pas droit au regroupement familial. Mettons par exemple les milliers de malaysiens en work permit ou S-pass qui passent la frontière tous les jours pour venir travailler ici*.

Pourquoi cette séparation en 3 catégories?  

Ah ahhh c’est là que les choses deviennent marrantes.   Quand on fait les procédures d’inscription, on se rend compte que le phrasé des conditions de l’AEIS est à la fois très précis et très vague.    Chaque étape du processus d’inscription cache souvent des petites phrases du même acabit: on nous promet une réponse sous 2 semaines et/ou d’ici à telle date au plus tard.  Le MOE s’engage à placer sur la base des résultats du test, l’enfant dans le niveau qui lui convient pour autant qu’il y ait des places disponibles.

Pour notre part, nous avons reçu la confirmation de l’inscription d’Heidi au test sous 24h,  avec le règlement d’examen le plus énorme que j’avais jamais lu – il y a évidemment les classiques, pas d’alcool, drogue, autres tricheries en tout genre, un code vestimentaire mais LE truc qui m’interpelle le plus sur le moment c’est la recommendation formelle de ne pas venir à plus de 2 adultes pour l’examen le jour J.

J’avoue que celle-ci elle me fait bien rire sur le moment… mais pourquoi donc voudrais-tu venir à plus de 2 parents ( d’ailleurs tu fais comment pour venir à plus de 2 parents?! ) ?

 

Ceci dit c’était le premier indice concret au delà de tous les caveats dans le texte que ce test c’est bien plus que ce que j’en avais l’impression.  Les caveats à l’inscription et dans les textes, c’est ce qui leur permet le cas échéant de gérer le flux des inscriptions entre les différentes catégories d’enfants.

 

L’AEIS est un processus opaque comme Singapour a le chic pour en faire. Au point où s’ils donnent des consignes assez précises sur la matière à reviser, c’est le seul examen de Singapour pour lequel il n’existe aucun examen des années précédentes pour s’entrainer!      On ne saura pas comment ils comptent les résultats des enfants, ce qui fait qu’on échoue ou réussit, qu’est-ce qui délimite la réussite de l’échec.  Secret défense, la seule information qui nous sera redonnée sera de savoir si l’enfant est accepté ou pas et dans quel degré.

L’inscription faite et confirmée, nous étions en août et Heidi n’avait plus approché un livre ou un calcul depuis avril, il fallait donc dérouiller ses maths et son anglais écrits pour l’examen.  Pour notre part, je suis allée prendre un bouquin d’exercices de math et d’anglais du niveau P3 – qui était celui dans lequel on espérait faire entrer Heidi – et j’ai fait les révisions d’Heidi moi.

Par contre il y a un énorme business autour de l’AEIS et la plupart des tuitions centres sur l’île ont des programmes spécifiques. On va dire que ça prend tout son sens quand l’enfant n’est pas suffisamment à l’aise en anglais ( parce que la manipulation écrite de l’anglais est probablement un des rares critères rédhibitoires pour un enfant qui a déjà un DP )  ou si on en peut plus d’avoir son enfant à la maison en attendant qu’il reprenne des cours!

L’AEIS se découpe en différents niveaux selon l’âge de l’enfant. Le temps des tests change en fonction du niveau auquel on l’inscrit.

 

Le jour J, Heidi et moi nous mettons en route pour Singapore Expo ( si si…  le palais des expositions, là où ils font les concerts )   Le chauffeur de taxi est un peu perplexe de savoir pourquoi on veut aller jusque là-bas ( difficile de trouver un endroit plus à l’opposé de notre lieu de résidence)   mais c’est rien face à son ébahissement absolu face à la foule d’enfants et de parents qui se pressent à Singapore Expo.

Je suis un peu moins hallucinée que lui – je savais qu’Heidi avait le siège numéro 74  et par des recoupements d’informations que les candidatures à l’AEIS se comptent par centaines – mais  je reste malgré tout sans voix face à la foule surexcitée et hétéroclite qui se presse à l’entrée de la halle.

 

La foule qui se pressait à l'entrée de la halle
La foule qui se pressait à l’entrée de la halle

 

D’un seul coup la ligne de règlement qui demandait de ne pas avoir plus de 2 parents ( enfin texto la phrase dit guardians )  prend tout son sens:   La plupart des enfants sont là avec leur famille au grand complet: parents, grands-parents, frères et soeurs.  Les familles sont parfois venues directement de l’aéroport – valises avec eux-  parfois avec tout l’attirail pour camper la journée entière confortablement.  Les enfants sont littéralement sur leur 31, chaque étape de leur avancée dans la queue pour rentrer dans la salle est photographiée.

Inutile de préciser que du coup Heidi n’en mène pas large: elle doit rentrer son passeport à la main dans une queue sans fin,  et se laisser prendre en main par le staff.   Bon d’accord elle est carrément verte de panique… je laisse ma miss en pleurs rentrer dans la halle.   Il est 8h15, elle est habillée chaudement, a de quoi écrire et un goûter. On nous dit de venir récupérer nos enfants dès 12h… l’attente commence.

 

 

Je peuple mes heures d’attente à coup de café, de discussion avec une autre maman francophone dont la fille passe également les examens dans la même halle qu’Heidi.   Et d’observation de cet univers qui me fascine complètement. La halle voisine a des stands d’écoles de préparations pour l’AEIS qui s’alignent.  Je réalise que le business n’est pas que singapourien, mais bien régional:  ces centres ont leurs bureaux en Chine ou ailleurs, se targuent des élèves qu’ils ont pu faire admettre.

Tout le mojo autour de l’AEIS prend son sens:  l’AEIS est littéralement une loterie d’entrée à Singapour.   Ils cherchent avec leurs tests les élèves d’exception.

Quant aux parents ils essaient de faire entrer leur enfant dans le meilleur système public de la région, dont les frais même s’ils ont largement augmenté restent très compétitifs face à une école privée de bonne qualité dans les pays de la région,  d’autant plus que ces élèves pris peuvent faire des demandes de bourses.

On parle de la pression des écoles publiques singapouriennes… elle est là, elle me regarde en face dans les espoirs qu’on place dans ces enfants et dans leur admission dans le système local singapourien.   Selon les années il y a beaucoup d’appelés et très peu d’élus vu qu’ils vont placer en priorité les enfants déjà présents sur leur territoire.

Je collectionne donc sagement les flyers qu’on remet. J’explique par contre gentiment à la dame qui m’explique qu’elle fait famille d’accueil pour étudiants que non c’est bon, on habite Singapour donc on a pas besoin d’une chambre pour notre progéniture.

 

Quand je vous disais que j'avais gardé les flyers précieusement...
Quand je vous disais que j’avais gardé les flyers précieusement…

 

 

Mais revenons à Heidi. Le matin elle a les mathématiques.   Le programme qu’on a dans les mains précise que le test se passe en deux parties – avec pas moins de 40 minutes de pause entre les deux parties.  A priori on en déduit – vu que la première partie est un test qui se corrige instantanément via un lecteur optique que potentiellement ils utilisent la première partie pour affiner quelle difficulté ils donnent de test pour la partie des problèmes et questions ouvertes.

A midi je récupère une miss un poil satellisée mais contente … OUF!!!

Elle me raconte qu’ils sont des centaines dans une salle immense.  Mais que c’est OK parce qu’il y a plein de aunties, qui nous aident pour aller aux toilettes, etc.   Ils font un test en blanc pour leur expliquer en pratique ce que remplir un test optique veut dire.  Même si les temps d’attente peuvent être importants – par exemple si l’enfant rend sa copie en avance –   Le tout est bien organisé, les enfants sont encadrés, et même mon Heidi – et son angoisse stratosphérique –  gère finalement bien ce gigantisme et une ambiance digne d’un examen final du secondaire.

 

Elle doit revenir se présenter devant la halle pour 13h45.

On s’installe dans un coin et on ouvre le pique-nique ( le matériel qu’on avait reçu nous prévenait d’une saturation potentielle des  restaurants des environs )

On est entouré d’autres familles,  dont les enfants mangent tout en continuant les drills de répétitions encore et encore.

 

Ceux qui meublent l'attente en papotant en groupe dans un coin, assis sur leurs valises
Ceux qui meublent l’attente en papotant en groupe dans un coin, assis sur leurs valises

 

L’après-midi c’est l’anglais. C’est un peu la foire d’empoignes au moment de retourner dans la halle, la queue pour être les premiers à rentrer se formant bien avant l’heure annoncée d’ouverture des portes.   Arrivées au checkpoint, je laisse la miss, et elle retourne dans sa halle – contente de s’être habillée chaudement parce qu’on y gèle! –

 

Ils les libéreront à 16h30, ça me laisse le temps d’aller visiter l’outlet toute proche, faire quelques achats, boire un café, poster quelques photos et mes commentaires hallucinés sur Facebook, jusqu’à ce que mon téléphone en trépasse.

Je récupère à 16h30 une petite fille fatiguée mais contente. Elle a un bon feeling, et a fini en avance ( et s’est donc littéralement tourné les pouces jusqu’à ce qu’ils les laissent sortir )   et a encore assez d’énergie pour aller dans la foulée prendre sa récompense ( mouais mère faible que je suis, pour la motiver à bosser durant le mois de septembre je lui ai promis un truc que je n’aurais jamais acheté autrement )

 

L’attente commence, vu qu’on est même pas mi-octobre et qu’on aura le résultat des examens que mi-décembre.  Le plus difficile à gérer dans cette attente?  Le fait qu’avec ces 2 mois de délais, il fallait gérer le fait qu’on nous reposait encore et encore la question de savoir si on avait eu des nouvelles, question qu’Heidi et Superchéri n’appréciaient que moyennement…

Heidi parce qu’elle avait pas la réponse

Superchéri parce qu’il avait lu d’un peu trop près la documentation et ses caveats qui lui faisaient envisager parfois le scénario catastrophe ” mais et si ils ne la prennent pas?” Et qu’évidemment il n’y a aucun chiffre qui ne permette de savoir combien d’enfants ils prennent, quels enfants ils prennent. Les seules données que j’ai sont des petites anecdotes ici et là qui semblent confirmer que pour un enfant déjà installé sur l’île, du moment où son niveau d’anglais est suffisant, ils le prennent.

Inutile de dire donc, que le jour on a eu le résultat on était littéralement sur le site à l’instant où les résultats étaient en ligne, et que ça a été la fête à la maison!

 

Et puis alors, l’école locale c’est comment?

 

Ah bin la suite au prochain épisode 😉

Bonne journée!

 

 

* Dans l’école d’Heidi,  c’est une réalité:  il y a un bus scolaire qui fait le trajet tous les jours pour déposer des enfants depuis JB – donc qui passe la frontière avec la Malaisie- le service passe dans toutes les écoles du quartier.

Brrrrr… sachant à quel point le checkpoint est saturé à certaines heures, j’ose pas imaginer à quelle heure ces enfants partent de , respectivement rentrent  chez eux!

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