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La dengue de A à Z

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Coucou du lundi

 

On est à la veille d’un retour en Suisse jusqu’à fin novembre – un voyage planifié à l’arrache avec un programme de fous! mais dont on se réjouit beaucoup beaucoup!  –  donc potentiellement peu de billets sur les semaines à venir et pas moyen de travailler sur les archives. En attendant j’avais ce billet-ci dans les drafts:

– Je précise que rien ne remplace un avis médical et que le but est plus de faire un billet de vulgarisation mais si vous trouvez des erreurs faites-moi signe 😉 –

Sachant que la dengue est l’arbovirose ( comprendre maladie transmise par un insecte suceur de sang, ça c’est pour le mot-qui-donne-l’air-d’un-intello-du-jour )  la plus répandue au monde,  que chaque année entre 50 et 100 mio de personnes l’attrapent,  à vivre dans les tropiques, où elle est présente toute l’année, y être exposé n’est qu’une question de temps et de statistique!

 

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Heidi a touché le gros lot juste avant son anniversaire au mois d’août dernier, et nous a fait une dengue toute proportion gardée légère mais en bonne et dûe forme.  Du coup,  on s’est fait une culture, on a eu la visite de la NEA avec une variante, le charmant vieux uncle qui est venu pour contrôler notre maison est aussi venu pour déterminer où notre fille l’avait attrapée.

 

Si j’ai pas blogué dessus sur le moment ( je pouvais pas, j’avais maintenance)  le sujet reste d’une actualité brûlante donc voilà un petit billet spécial je-veux-me-rassurer ( respectivement me faire peur )  et tout savoir sur la dengue ou presque.  Singapour vit en effet cette année une épidémie de dengue corsée, avec la barre des 20 000 cas identifiés qui devrait être cassée sous peu, contre moins de 5000 cas identifiés en 2012.

 

Depuis qu’Orchard Rd est devenue zone rouge aux alentours de Sommerset, les messages gouvernementaux ont à nouveau décuplé et la panique gronde,   mais – perso – malgré les campagnes super agressives et culpabilisantes du gouvernement,  je suis d’avis qu’il faut être prudents mais ne pas céder à la panique ( et faire des choses comme s’arroser à tire-larigot de DEET par exemple, qui reste neuro-toxique! )

 

La majeure partie des cas de dengue se résolvent heureusement sans soucis, c’est juste un – parfois très-  mauvais moment à passer. La dengue se guérit d’elle-même, et ne laisse essentiellement pas de séquelles ( même si la fatigue peut durer des semaines selon l’intensité de l’infection)  contrairement à mettons, la malaria…

Les cas asymptomatiques ou très légèrement symptomatiques ( petite fièvre à laquelle on ne prête pas attention)  représentent plus de 80% des cas.  Les 20% restants ont une dengue plus ou moins corsée. Les cas sévères comptent pour environ 5% du total des cas.  Ceci dit les cas fatals restent très rares, et souvent – comme pour la grippe saisonnière – la marque de troubles de santé antérieurs, où d’un mauvais concours de circonstances.

Pour 2013 il y a eu,  à date 5 cas fatals.

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Mais pourquoi la panique alors?

 

Parce qu’une dengue symptomatique c’est pas agréable – soyons honnête, les douleurs osseuses peuvent être corsées. Un des petits noms de la dengue c’est d’ailleurs “breakbone fever” soit fièvre des os cassés.

 

Parce qu’il existe plusieurs variétés de dengue, et que- comme pour le pied-main-bouche qui terrifie tant les singapouriens –  un des virus est plus susceptible que les autres de causer une forme sévère de la maladie. Heureusement ce n’est pas la variante qui circule cette année, c’est un des virus de dengue plus doux.

 

Parce que les cas sévères se produisent statistiquement plus souvent chez les enfants de moins de 15 ans.   Et qu’un suivi médical adapté et pris au sérieux permet de s’assurer de prendre à temps les complications éventuelles.

 

Parce qu’il y a des recherches qui semblent indiquer que d’attraper les différentes variétés de la dengue pourraient favoriser lors des infections suivantes le fait de faire une forme sévère et des complications.

 

Les complications? En quelques mots, les plus probables sont une hémorragie, ou un syndrome de choc lié à la déshydratation ( la combinaison forte fièvre + troubles intestinaux+ problèmes d’échanges de fluides entre les cellules à cause de la maladie elle-même) Si on est encadré médicalement, ces complications se résolvent médicalement assez facilement si elles sont prises à temps.

 

Le piège de la dengue, c’est que SI elles doivent apparaitre, elles vont apparaitre entre le 3eme et le 7eme jour, après une accalmie dans les symptômes, prenant les gens par surprise.  La politique est donc simple: on fait des prises de sang régulière pendant la maladie pour contrôler les taux de plaquette et les autres fonctions du corps, comme ça on a le temps de voir arriver et de réagir le cas échéant. En moyenne à Singapour il est d’usage comme précaution supplémentaire d’hospitaliser les enfants de moins de 15 ans.

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La dengue d’Heidi

 

Pour Heidi on a consulté moins de 36h après le début des symptômes, plus ou moins persuadés avant d’arriver chez le médecin qu’il allait nous dire que c’était la dengue. Elle n’avait de loin pas tout le tableau médical, pas de plaques rouges notamment, mais elle nous a fait quelque chose que je ne me souvenais pas de l’avoir vu faire: le mercredi à 16h elle allait parfaitement bien et à 17h30 elle avait 40°C

 

C’est tout bête mais Heidi on SAIT quand elle va être malade, elle est pas comme d’habitude quand elle couve quelque chose… grognon, mais surtout avec plus de peine à compenser son trouble du langage, elle refait des fautes que normalement elle a effacé, mélange nettement plus de mots quand elle parle.

 

Avec la dengue absolument rien de ça. Elle était complètement normale moins de 2h avant de délirer de fièvre.  Ah et puis elle a déliré de fièvre. Heidi – particularité maison – ne fait pas beaucoup de fièvre:   à 37.5°C elle a de la fièvre, à 38,5°C elle a beaucoup de fièvre. Le nombre de maladie où elle a dépassé les 39°C tient sur ses doigts. Et là avec la dengue elle nous a touché des 41°C –  du jamais vu! –  cerise sur le gâteau, elle ne réagissait pas au panadol, seul le nurofen la soulageait.

 

La prise de sang a confirmé le diagnostic qu’on soupçonnait et à partir de là c’était parti pour une semaine de contrôle des plaquettes pour s’assurer qu’elle ne descende pas trop et ne risque pas l’hémorragie.

 

Normalement notre médecin l’aurait faite hospitaliser, mais on a catégoriquement refusé: Heidi est phobique, plus facile de gérer ses angoisses à la maison qu’à l’hôpital. On a organisé un passage journalier chez le généraliste et – comme le week-end arrivait- d’aller aux urgences pour la prise de sang du dimanche.

 

Au final,  il lui a fallu une bonne semaine pour sortir la tête de l’eau ( et cesser de passer la nuit à pleurnicher devant la télévision qui restait allumée toute la nuit)  remanger normalement ( boire était ceci dit le plus préoccupant et urgent, qu’elle ne mange pas grand chose ne nous a pas traumatisé outre mesure, mais boire tous les moyens ont été bons y compris lui laisser les glaces à l’eau en libre accès si c’était le seul truc qu’elle acceptait d’avaler!)

Deux bonnes semaines pour ne pas s’écrouler de fatigue tout le temps…

Mais ses plaquettes sont restées dans la norme ( malgré quelques saignements de nez) elle n’est jamais descendue en dessous de la limite inférieure ( donc techniquement n’aurait couru aucun danger)   et au delà de l’impression d’être un revendeur de nurofen vu la quantité qu’on en écoulait (  Heidi consomme 10ml par prise, la plus grande bouteille à Singapour compte 60ml donc ne tient que 2 jours)  on en a été quitte pour de la fatigue et 2 visites de la NEA ( celle pour déterminer où elle l’avait attrapé, et contrôler la maison et celle générale de tout le quartier qu’ils ont fait passant dans tous les appartements de l’estate qu’on a passé avec succès ! )

Le plus compliqué a été de gérer l’angoisse en tant que parents de savoir que ton enfant a quelque chose qui se décrit comme étant “hémorragique” – fascinant le pouvoir des mots n’est-ce-pas! –  les angoisses d’Heidi,  à fortiori les fois ou elle a saigné du nez, et le fait d’aller contre l’avis médical et de refuser l’hospitalisation. Faire le suivi à la maison ne change pas grand chose à vrai dire – pour nous ça nous a même grandement simplifié la vie de le faire ainsi –   mais c’est un poids, une responsabilité supplémentaire, parce que tout le monde tombe des nues quand ils apprennent qu’elle est à la maison ( la tronche de la NEA notamment était splendide)  et que tu sais que tout le monde te tombera dessus si ta décision n’était pas la bonne.

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La dengue côté pratique:

 

– Tu veux lire des articles indigestes médicaux qui donnent trop de détails pour ta sérénité et ton hypocondrie latente: commence par wikipedia ou l’OMS
– Tu veux en savoir plus sur l’état de la dengue à Singapour, où sont les foyers ( donc où tu as le plus de risque de te faire piquer par un moustique contaminé )

Le  site X-dengue recense la plupart des cas par lieu ( donc un très bon moyen de visualiser si on a un cluster près de chez nous ou pas, c’était notre cas lorsque Heidi a été malade, on avait un cluster à 250m de chez nous)   le site de la NEA a une section dédiée à la dengue où on trouve beaucoup de matériel explicatif sur les endroits qui peuvent servir de lieu de vie pour les larves ( comme le réservoir d’eau des toilettes s’il n’est pas hermétique)

 

– Tu peux aussi te servir du site de la NEA pour dénoncer ton voisin qui laisse son eau croupir, où le chantier d’en face qui ne fait pas assez attention, le service d’entretien de ton condo qui ne fait pas son travail comme il faut et qui laisse de jolies flaques qui restent dans les rigoles et suffisent à la génération suivante de moustiques.

 

– A savoir encore, les deux moustiques ( le moustique-tigre et le moustique aedes aegypti , vous aussi vous ne voyez pas la différence entre les deux? ) qui transmettent la dengue sont des moustiques qui piquent de jour mais surtout sur les heures proche du lever/ coucher du soleil.  Se balader dans une région à risque en pleine journée à priori n’est pas le plus risqué.  Par contre, ce sont des moustiques agressifs – tentez de vous balader sans répulsif à Sungei Buloh vous êtes un garde-manger ambulant! – qui piquent facilement 4 fois de suite  pour un “repas” contribuant à la propagation rapide du virus. Ils aiment l’eau propre donc adorent se reproduire en ville…  Et manque de bol, ce ne sont pas les moustiques les plus sensibles à la citronnelle et autre répulsifs naturels, donc il faut recourir au DEET ( l’anti-moustique OFF! à Singapour) si on veut vraiment se protéger,  pas vraiment idéal pour les jeunes enfants…

 

– Tu habites en Europe et tu te demandes pourquoi tu as lu tout cet article alors que tu ne viens pas en Asie de sitôt?  Le moustique-tigre a fait son nid dans le sud de l’Europe et il suffit d’une personne contaminée pour déclencher une épidémie de dengue en été dans les pays du sud de l’Europe, ça arrive épisodiquement ces dernières années.  Finalement les mesures à prendre pour limiter les sites de reproduction du moustique-tigre en milieu urbain  et connaître ses habitudes c’est pas forcément un mal 😉

 

Bonne journée quand même!

 

 

 

 

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