la familia

Il y a dix ans

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Coucou du jeudi

 

 

Il y a dix ans, le 13 décembre était un vendredi 13.

Il y a dix ans Superchéri et moi, nous sommes dit oui devant madame l’officier d’état civil.

Il y a dix ans on habitait Zurich, on s’est marié à Genève,

Dans le tourbillon de mois fous où joie et tristesse s’entremêlent inextricablement; parce qu’

Il y a dix ans ma belle-mère, oui ma puce, ta grand-maman Marie-Thé’, était en fin de vie.

 

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C’est une histoire qui avait commencé 1 ans et demi plus tôt, l’histoire de deux collègues – si si! On a fait dans le cliché – qui s’entendent à merveille, dont les autres collègues sont persuadés d’ailleurs qu’à si bien s’entendre il y a anguille sous roche. ( Il aurait fallu être sourd pour louper les rumeurs qui circulaient à notre sujet, navrée de les décevoir, à l’époque il n’y avait rien à lire entre les lignes! )

Et puis après quelques mois, je change de poste, et au hasard d’une soirée entre ex-collègues, à la faveur aussi d’un célibat retrouvé, Superchéri et moi prenons le chemin de devenir un peu plus que des simples amis-collègues.

( Ce qui du coup a coupé court à toute chance de notre part de jamais faire admettre à nos connaissances professionnelles communes que NON ils avaient fumé la moquette quand ils nous déclaraient ensemble, parce que quand bien même ils auraient eu admis qu’on le faisait pas, ils en auraient profité pour nous lâcher d’un air narquois qu’on était bien aveugle, que ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, et qu’ils le savaient eux depuis des mois qu’on était fait l’un pour l’autre )

Ça vous étonnera pas de savoir qu’on a commencé notre vie commune sur les chapeaux de roues

11 mois à cheval entre Genève – où je travaillais encore – et Zurich – où Superchéri travaillait- ont fait qu’on connaissait par coeur les horaires de trains, qu’on avait des affaires partout, etc.

 

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Pourquoi je vous parle de ça?

Zurich étant une ville aussi rigolote que Genève en terme de crise du logement, quand on a eu une opportunité de reprendre un appartement sur Zurich, on a sauté dessus quand bien même, il me restait encore 4 mois de présence sur Genève au moment où on l’a fait, et que je me retrouvais quasi littéralement à la rue en faisant ça, j’ai accepté la proposition de ma belle-mère de venir vivre chez elle.

Et j’ai passé 4 mois dans la chambre d’enfant de Superchéri – si si! – alors qu’elle était officiellement en rémission après des mois de traitements compliqués pour un cancer.

Et j’ai passé 4 mois merveilleux avec elle, parce qu’elle faisait partie de ces personnes que les coups de la vie avaient rendue sage et philosophe, digne dans sa douleur et l’énergie qu’elle mettait à affronter sereinement ce qui lui arrivait.

4 mois à emmagasiner le plus possible d’anecdotes honteuses de l’enfance de Superchéri, ce qui me permet aussi de faire sourire Heidi en racontant non seulement les bêtises que sa maman a eu faite, mais aussi quelques unes de son papa.

Au bout de 4 mois, mon contrat de travail se terminait et je suis partie vivre à plein temps sur Zurich, jusqu’à un téléphone inquiétant, parlant de chute.

Ni une ni deux, j’ai repris le train dans l’autre sens, avec quelques habits sous le bras, et je suis revenue m’installer à plein temps chez ma BM, l’aider à gérer un quotidien devenu insurmontable, à cause d’une récidive qui l’a prise par surprise.

C’est dans ce contexte un peu sport – Superchéri a recommencé les aller-retours du week-end histoire de passer le plus temps possible avec sa maman, il faisait aussi des aller-retours en semaine pour être là aux rendez-vous médicaux à chaque fois qu’il le pouvait – qu’on s’est dit qu’il fallait s’atteler au truc dont avait parlé depuis des mois, mais qu’on avait toujours pas trouvé le temps de faire, vu qu’on voulait une belle fête et que ça prend du temps pour organiser.

On a décidé – à tout hasard, sorte de carotte pour motiver Marie-Thé’ dans ses traitements – de faire les formalités pour se marier au civil.

En Suisse il y a un délai de 10 jours entre le dépôt de la demande et son entrée en validité. On va dire que l’idée c’est d’éviter des réveils genre séquence de Friends où tu as fait une grosse bêtise la veille au vu de ton taux d’alcoolémie.

Donc j’ai fait l’aller-retour dans la journée pour Zurich ( 6h de train quand même ) sur la première fenêtre où on avait pas de rendez-vous médicaux et tous nos papiers pour faire la demande, et le 3 décembre elle était au courrier ( en Suisse on doit faire la demande dans la mairie de son domicile, mais on peut demander ensuite à avoir l’autorisation délivrée pour que le mariage puisse être célébré dans n’importe quel état civil du pays. et comme Marie-Thé n’était pas vraiment en état de se déplacer c’est ce qu’on a fait )

 

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Au courrier la surprise: notre autorisation est valable à partir du VENDREDI 13 décembre. On se dit qu’au vu des circonstances, on va prendre ça comme un présage de chance, et on garde notre autorisation bien au chaud, sans savoir exactement ce qu’on va en faire dans l’immédiat vu que Marie-Thé’ doit rentrer à l’hôpital pour une radiothérapie.

Le lundi 9 décembre, téléphone de l’hôpital: euh on est désolé, mais on a pas compté avec la maintenance d’une de nos machines de rayons, il faut qu’on repousse l’entrée de mme à lundi suivant ( soit le 16, au lieu du 12 comme prévu)

Et soudain, entre deux couloirs d’hôpital ( je l’accompagnais à un de ses rendez-vous en vue de l’hospitalisation) Superchéri et moi on se lance par aller-retour de téléphones, dans l’entreprise la plus folle de notre vie:

organiser au pied-levé notre mariage civil pour le vendredi même, premier jour de validité de notre autorisation, selon le saint-principe de rien n’arrive jamais par hasard et que ce délai c’est un signe du destin qu’on doit le faire dans cet ordre-là!

Superchéri convainc la mairie de Chêne-Bougeries de nous accepter – on y a chacun assisté à un mariage et on a aimé leur salle – alors qu’en principe à 5 jours du jour J, ils acceptent pas forcément de prendre une célébration quand c’est leur seule celébration de la journée. Au vu des circonstances, ils vont même jusqu’à nous proposer de le faire à 16h – ce qui optimise notre chance d’avoir une Marie-Thé’ en forme.

Moi je me lance dans l’entreprise de charme pour faire en sorte que mes parents acceptent d’accueillir le repas qui suivra.

Marie-Thé’ fatigue vite, une soirée au restaurant ce serait un cauchemar pour elle, elle a des métastases dans le dos et rester assise longuement tient du supplice… donc l’idée est de faire venir le restaurant à la maison, comme ça on arrive à organiser un espace où elle s’installe confortablement au milieu de nous.

Le traiteur va venir avec tout le matériel, la seule chose à faire c’est de leur ouvrir la porte et les laisser travailler.

Battre le rappel de la famille, de nos témoins pour leur demander s’ils sont libres – on se retrouve à environ 30 personnes.

Trouver des habits – ce qu’on arrive étonnamment facilement à faire, les rayons habits de fête aidant sans doute à trouver une jolie robe –

Plus sport, trouver un traiteur – sachant que le 13 décembre c’est le week-end de l’escalade à Genève, donc que des célébrations il y en a déjà à gogo et que pas mal de monde est surbooké.

Mais je finis par trouver quelqu’un.

Prévoir un bouquet de mariée, des boutonnières pour tout le monde ( ça fait plaisir à Marie-Thé’ donc on va pas discuter! )

Et le jour J est là…

Il fait froid ( moi qui avais une petite robe de soirée sans manches je l’ai senti passer), moche, il grésille même, mais c’est le plus beau jour du monde!

Histoire de respecter le plus possible la tradition, je me prépare chez mes parents tandis que Superchéri part depuis chez sa maman avec elle.

On se retrouve à la mairie…

Et dans le soir qui tombe déjà, Superchéri et moi on échange nos voeux devant la famille, avec Marie-Thé qui a le sourire jusqu’aux oreilles, ce petit air espiègle que je revois souvent chez Heidi aujourd’hui,

Quand elle s’installe en douce à la table de l’officier d’état-civil avec nous. Après tout il y avait une chaise de plus, et comme ça elle pouvait mieux en profiter!
Quand elle nous arrose de riz à notre sortie de la mairie ( il m’a fallu 2 jours pour me débarrasser du riz, j’exagère à peine… j’en avais dans les poches de mon manteau )

 

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Sa joie quasi-enfantine, c’est ce qui fait qu’encore aujourd’hui, quand on repense au jour de notre mariage, ce qui revient en premier c’est la célébration da la vie, de notre bonheur, du sien d’avoir pu voir ça – on l’a compris après, mais en faisant ça on a littéralement réalisé le plus grand rêve qui lui restait d’accessible compte tenu du temps qu’elle pensait encore avoir à partager avec nous.

On s’est senti marié ce jour-là, et même si on a fait une célébration religieuse 9 mois plus tard, le 13 décembre c’est l’anniversaire qu’on fête toujours le plus intensément… parce que d’un mariage civil on a fait une vraie fête, qui signifie au moins autant que la version en grande pompe quelques mois plus tard. C’est d’ailleurs la date de notre mariage civil qui est inscrite dans notre alliance.

On avait installé un lit dans un coin de la salle à manger, et quand elle n’a plus pu tenir assise, elle s’est installée là, et les invités se sont relayés toute la soirée pour l’intégrer aux conversations.

 

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Même épuisée, elle n’est partie qu’à contrecoeur vers minuit pour se coucher, après une superbe soirée pleine de rire, de joie, loin de la tristesse de la fin de sa vie.

15 jours plus tard elle nous a quitté, dans la paix et la sérénité. Avec cette douce impression qui reste que par sa bonne humeur, la capacité qu’elle avait de trouver de la joie dans tous ces petits moments qu’elle a encore pu partager avec nous, de n’avoir avec le temps qui passe et estompe la tristesse que des beaux souvenirs qui restent de ces moments.

Que d’ailleurs, ce soir on va célébrer ce dixième anniversaire dignement avec un restaurant et une toile, et comme a mi-décembre je vais

1. passer inaperçue en robe de cocktail
2. je vais proportionnellement moins crever de froid que pour un 13 décembre en Suisse

j’ai décidé de ressortir du placard LA robe, après tout autant profiter de toujours rentrer dedans 🙂

 

 

Bonne journée!

 

 

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