au Japon

Un an au Japon, épisode XIII

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Coucou du mardi!

 

J’espère que vous allez tous bien 🙂

Ici la rentrée de fille chérie s’est bien passée, on espère que ça continue jusqu’à la fin de l’année!

 

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Aller c’est parti pour un dernier épisode sur mon année au Japon…

 

Le temps des adieux

 

 

D’une fois de retour des vacances, les souvenirs s’emmêlent un peu beaucoup.

Parce que je n’ai plus rien écrit jusqu’au départ, les pièces du puzzle se trouvent dans les photos, dans tous les petits souvenirs que j’ai amassé, dans le carnet de souvenir rempli par tous mes camarades de classe – même les garçons! – les puri-kura – ces petites photos auto-collantes qui étaient le summum de la mode quand j’y étais – que je faisais à tout bout de champ et collectionnais…

 

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Et vu la quantité d’affaires que j’ai ramené, je vous dis pas la complexité du puzzle – j’arrive d’ailleurs pas à remettre la main sur le dernier film de mon année… celui où il y a une photo de moi devant le Mt. Fuji ( mouais dire Mt- Fujiyama c’est une redondance, dans l’optique ou yama veut dire montagne 😉 ) Mais si je retrouve ces photos, je vous les mettrais 🙂

Avec le recul je peux le dire, j’étais allègrement atteinte de ce syndrome que j’ai retrouvé et compris une fois adulte lors de mes expatriations: la non-envie absolue de rentrer. Et quelque part ne plus écrire c’était tenter d’échapper au temps qui passe inexorablement.

A l’époque c’était moins clair dans ma tête, déjà parce qu’à 17 ans dur de croire que les adultes qui se sont fendus d’une explication paternaliste sur les phases émotionnelles d’un échange d’étudiant en immersion ( qui sont essentiellement les mêmes phases que pour un expat’ ) puissent avoir raison sur quelque chose qui te concerne. Après tout tu as 17 ans, tu es le maître du monde – ou du moins tu rêves de le devenir- et tu sais tout mieux que tout le monde.

Et puis, indépendamment de cette méfiance de l’adulte, il y a cette réalité qui fait qu’aucune tabelle d’explications sur des phases normales de comportement ne te prépare à le vivre. Et les sentiments que tu ressens sont souvent impossibles à faire rentrer dans cette description stérile et paternaliste qu’on t’a fourni.

Personne ne te parle des nuits et des nuits de cauchemars où ton subconscient invente mille et une méthode pour ne PAS rentrer – j’en ai parlé un peu lors du dernier billet, c’était très violent, et le fait que j’ai failli bien malgré moi être exaucée aidait pas mes conflits de loyauté – Comment se regarder en face quand on rêve la nuit de la mort de ses parents comme échappatoire à une séparation qu’on voit comme insurmontable?

Mais voilà après un an en immersion, j’étais pas pressée de rentrer, au contraire. Je sais que c’est pas le cas de tout le monde. Mais pour moi, rentrer a été un authentique cataclysme, j’avais fait des gros efforts pour me construire une vie, j’avais des amies, mon club d’Aikido, mes petites habitudes, je faisais des progrès de géant en japonais, et même si j’avais des critiques et des moments de blues, j’étais bien dans la vie que je m’étais construite.

Le fait est qu’étant étrangère au Japon, j’avais de base un statut d’ovni, et que ce statut tout en contradiction, où je pouvais sans sourciller passer du fait d’être trop mature pour mon âge, à faire un trip sur Hello Kitty et trouver ça trop mimi, était plus proche d’exprimer l’intégralité de moi – qui ai toujours oscillé entre l’excentricité et la normalité, un peu à vouloir le meilleur de tous les mondes – que ce que je l’avais jamais été.

Le départ c’était une page de ma vie qui se refermait à jamais, parce que même si j’y retournais un jour, j’avais conscience du fait que plus jamais je ne retrouverais cet effet d’immersion.

Dans les souvenirs qui pointent dans ces dernières semaines…

Il y a la neige – qui ne passe pas toutes les années à Okazaki- qui a fait son apparition et qui a encore pas si mal tenu dans le jardin.

 

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Il y a la collection des cartes de voeux de Nouvel An. Les japonais couplent Nouvel An avec Nouvel An Chinois, ce qui fait qu’à Nouvel An on fait tous les rituels pour chasser les mauvais esprits de la maison, et surtout on s’envoie les cartes de voeux. 1999 c’était l’année du lapin – comme 2011 d’ailleurs 🙂 – et même si aucune de mes cartes n’a gagné à la loterie organisée par la poste – Les cartes sont numérotées, on les dépose à la poste à l’avance et la poste les distribue pour la nouvelle année puis elle tient une loterie et certaines cartes gagnent des lots. – elles sont toujours précieusement dans mes affaires.

 

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Il y a le résumé de mon année qu’on m’a demandé de faire pour le livre annuel de l’AFS.

J’y ai mis toute mon âme dans ce texte, et c’est la première apparition sur quelque chose de tangible et durable de ma grenouille

C’est un texte que j’ai écrit seule, et qu’essentiellement il n’y a pas eu besoin de corriger. J’avoue par contre, ayant pas beaucoup pratiqué sur la dernière décennie, que je rame pour relire ce que j’avais écrit!

 

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Il y a la journée que j’ai faite seule à Nagoya, en séchant l’école, à quelques jours de mon départ. J’ai fait l’école buissonnière avec l’accord de mes parents, mais j’avoue qu’avec le recul je suis quand même hallucinée qu’ils m’aient laissé partir SEULE en train pour une journée dans la 3eme plus grande ville du Japon, à la recherche d’un magasin de mangas que j’avais vu de loin lors d’une expédition en famille.

Ceci dit, ils avaient pas tort de me faire confiance, dans l’optique où j’ai fait le shopping que j’avais dit que je ferais et rien d’autre, que je me suis pas perdue et que j’ai tenu mes heures de couvre-feu. Depuis le temps ils avaient pris l’habitude de mon indépendance ( quant à moi, quand on pense aux vapeurs que ça m’avait donné de me retrouver seule à Berne un peu plus d’un 1 an plus tôt, on va dire que j’avais pris confiance en moi)

 

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– ici dans la famille du frère d’Okasan, et ci-dessous comme en tête de billet, une photo de la fête de l’Aikido… je vous avais dit que j’avais des photos pas politiquement correctes 🙂 –

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-avec une copine de classe pour le dernier karaoké auquel j’ai participé-

J’ai eu le coeur brisé d’apprendre que je devrais quitter ma famille avant le Japon, j’aurais aimé rester avec eux jusqu’à la dernière minute. Ma dernière nuit à l’hôtel à Tokyo avant le départ, avec plein d’autres jeunes AFS, je l’ai passée dans ma chambre et ma douleur, tandis que d’autres sortaient faire la foire et profiter de Tokyo by night.

Le vol retour c’était tout un poème… mettez 4 suisses-allemands et une suisse-romande ensemble, et la langue qui nous semblait la plus simple à parler c’était le japonais! Toutes nos familles respectives nous ont accueilli en grande pompe alors que nous entre la fatigue, le décalage horaire et la tristesse… on ne voulait rien de tout ça.

Le retour à la vie suisse a été très rude.

Déjà il a fallu gérer le décalage horaire, et puis il a surtout fallu gérer le décalage culturel.

Je me sentais pas du tout chez moi dans cette Suisse que je retrouvais. J’avais perdu l’habitude d’entendre du français autour de moi, mon langage corporel avait changé: façon de marcher, je faisais des courbettes au téléphone – à vrai dire pas qu’au téléphone – et je regardais clairement différemment mon pays:

à la reprise de l’école je me souviens d’avoir été estomaquée par ces salles immenses et désertes, par le manque de politesse des élèves qui passaient leur temps à intervenir pendant les leçons, par le fait qu’on nous demandait de réfléchir par nous-mêmes au lieu de nous donner un cours à apprendre par coeur, et qu’effectivement quand le prof demandait une réponse, un « je sais pas » allait pas le satisfaire!

A la maison c’était pas plus simple: entre mes frères et soeur qui avaient grandi et étaient plus ceux que j’avais laissé, mes relations avec mes parents dont j’étais plus sûre tous les jours de comprendre les mécanismes et ce que je devais dire… j’étais complètement perdue et malgré une langue commune, je me retrouvais parfois autant perdue à tenter de deviner ce qu’ils voulaient vraiment de moi. Leur douleur quand je parlais d’appeler MA famille pour leur dire que j’étais bien arrivée se heurtait à ma peine d’avoir quitté le Japon et c’était juste irréconciliable.

J’étais prise entre deux feux, entre deux mondes, et je ne savais plus du tout comment tout faire coexister. Ce sentiment que j’avais avant mon départ de ne jamais pouvoir être complètement moi-même avec tout le monde, était de retour puissance 10: je ne me sentais à ma place nulle part.

Au final, après quelques mois – je pense qu’il m’en a fallu presque 6 mois en tout pour faire ce chemin- j’ai fait un choix conscient: j’ai refermé la porte du Japon.

Pour me réintégrer et me projeter dans un avenir en Suisse, il a fallu que je sabre dans le vif. J’ai laissé s’espacer les lettres, perdu les contacts avec beaucoup de monde au Japon… tout simplement parce que continuer c’était m’accrocher à une page de ma vie qui était morte. J’ai cessé d’en parler – j’étais de base assez excentrique sans en rajouter – et placer le Japon- j’ai cessé les contacts. Parce que garder un contact vivace et soutenu m’empêchait de faire un deuil nécessaire.

D’autres ont fait un autre choix que le mien, je sais que sur ma volée au Japon, au moins un a serré les dents le nombre d’années nécessaires pour y retourner dès qu’il était suffisamment avancé dans son université pour obtenir un erasmus.

J’ai fini par me refaire à la Suisse, gommer les traces de la japonaise en moi.

Elle reste présente dans mon amour des sushis, dans le fait que de temps en temps j’ai une crise et j’écoute mes disques, dans le fait que j’aime toujours mes mangas, dans mes expéditions punitives au McDO ( j’ai pas toujours été au régime 😉 ) au Japon un menu Big Mac était un moyen de gérer le blues de la Suisse, après mon retour – vu que les sushis c’était pas encore ça juste après mon retour – le Big Mac a changé de camp et est devenu un moyen de gérer la nostalgie du Japon!

La japonaise reste aussi présente dans certains des choix que nous avons fait plus tard: cette année d’échange m’a donné les moyens d’encourager avec le sourire Superchéri quand ses recherches d’un nouveau travail ont ouvert la porte de la mobilité. Quelque part je savais ce qui m’attendais à l’aller et au retour, je l’avais déjà fait, donc je n’avais guère de doute que je pourrais à nouveau y arriver.

Cette année influence aussi la façon dont je gère mes étés, et ce que je tente de transmettre à Heidi, qu’elle arrive à développer un attachement, quelques racines aussi pour ce pays qui est le sien selon son passeport.

Mes japonais?

Ils sont venus en Suisse l’été suivant mon retour, ça a permis de mettre du baume au coeur de mes parents, à défaut de comprendre complètement mon attachement, ils ont pu les voir, passer du temps avec eux et ne plus les voir seulement comme ces gens qui leur avaient un peu volé leur fille.

 

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Ils n’ont pas de mes nouvelles régulièrement… c’est plutôt au lance-pierre, parce que les contacter c’est souvent ouvrir la porte à une boîte de Pandore, celle de ma douleur d’être partie – mais quand je pense à eux, c’est toujours avec le même amour – ça aussi ça aide pas, parce que malgré les années mes conflits de loyauté restent – mais pour autant que je le sache ils vont bien 🙂

Une de mes soeurs est mariée, la plus jeune, tandis que l’autre suit l’autre voie japonaise ouverte à une femme: elle fait carrière. Une femme japonaise a en moyenne plus de liberté qu’un homme: alors que l’homme se doit dès sa sortie de l’université de se mettre au travail sérieusement. Une femme a quelques années ou elle peut vivre comme elle l’entend. Mais quand vient gentiment l’âge de se poser, elle a deux choix: une famille ou une carrière, elle ne va pas pouvoir faire les deux.

Ils ont un chat: Mumu. Ça, ça m’a fait rire pendant des heures de l’apprendre: pendant TOUTE mon année chez eux, je les ai tanné sur le fait qu’avoir un chat c’était chouette etc. et on me répliquait inlassablement que chat et tatami ne font pas bon ménage, etc.

Je pars et ils prennent un chat 🙂

 

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En 2009, je suis allée les voir avec Heidi sous le bras, puis mes soeurs sont venues à Hong Kong pour quelques jours. Mais ça ce sera une histoire pour une autre fois peut-être 🙂

 

Voilà je referme cette page sur le Japon… j’espère que vous avez eu autant de plaisir à la lire que j’ai eu à l’écrire!

Bonne journée et à la prochaine pour de nouvelles aventures

 

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