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Page blanche, accident domestique et fièvre du départ

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Coucou du mardi!

 

Bon déjà – avant tout – aujourd’hui c’est l’anniversaire de Supergranny! Alors un joyeux z’anniversaire à ma môman que j’embrasse bien fort sur la toile et sur FB à défaut de pouvoir le faire en vrai – sachant que vu qu’elle travaille toute la journée la version bisou-skype va pas être négociable sur le jour J.

On saute du coq à l’âne…

Dans la rubrique accident domestique-à-la-noix-que-je-songe-sérieusement-à-aller-demander-un-changement-de-nom-à-l’état-civil-pour-me-faire-rebaptiser-madame-catastrophe j’ai réussi à éviter le pire hier…

J’ai réussi à crocher mon alliance dans un plateau du frigo, pendant que je rentrais les courses…

Et j’ai soudain douloureusement compris POURQUOI les personnes qui font un métier manuel n’en portent généralement pas ( je veux dire hormis les préoccupations de type la salir, t’embêter pour la laver) : superbe épanchement de sang, mais plus de peur que de mal, vu que j’ai évité que le doigt enfle trop ( vive les poches de glaces aidées par le fait que j’ai enlevé mon alliance dans la seconde, je l’ai pas encore remise pour le moment, je dois attendre que le bleu se résorbe un peu)

Et j’en suis quitte pour un bleu, quand j’aurais pu – s’il y avait eu plus de force en jeu – par exemple déchirer les ligaments.

Et là ou c’est moins drôle c’est que pour le moment ça fait mal quand je tape trop à l’ordinateur 🙁

Bref.

La morale du jour: ranger ses courses est une activité dangereuse!

De ces moments [ attention mode humour politiquement incorrect à prendre au 36eme degré: on] où je me dis que je suis con, je le savais que j’aurais du déranger Lovely Nounou de ce qu’elle était en train de faire pour qu’elle range les courses à ma place

( ce que – pour être totalement honnête- elle a du faire finalement vu que j’étais trop occuper à éviter que mon doigt ne devienne significativement plus large que les autres pour ranger efficacement les courses)

[ mode: off]

 

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Comme dit en titre… je vous ai fait faux bond notamment parce que j’ai une grosse crise de page blanche. Ça commence à faire un moment qu’elle dure, j’en ai déjà parlé dans le billet de vendredi-pas-publié-avant-aujourd’hui-la-honte et c’est frustrant!

Je la combats comme je peux, en écrivant les quelques petites bribes qui me semblent correctes quand elles me viennent – donc si vous croisez dans le bus ou le métro une nana caucasienne sourde et aveugle parce qu’en train de continuer à taper sur son iPhone sur l’email, alors qu’elle a pas débranché la musique et donc est un ovni, voire un danger public en terme de déplacement, c’est probablement moi-

traduire je fais des drafts d’email, que je récupère sur le serveur quand je rentre et que j’intègre au corps du texte… c’est boiteux mais c’est mieux que rien.

Et les rares fois où j’arrive à m’y mettre sur mon ordi, comme il faut à la maison et que je suis sur le point de partir dans une envolée lyrique de 2h qui me permettrait – soyons fous! – de mettre le point final à mon premier-deuxième jet, j’ai Superchéri qui débarque, lit sur mon épaule, et commence à me parler….

Je vous mets l’extrait incriminé pour que vous compreniez bien pourquoi Superchéri s’est senti obligé d’interrompre:

Passage à vide

C’est sous ses mots pudiques que je me cache quand on me demande comment ça va ces temps.

Je les claironne avec un sourire éclatant, rassurant, l’air de dire que ce sera réglé demain.

Mais je mens.

Je leur mens, à mes copines qui me demandent comment ça va vu que ç fait l’air de rien 3 semaines que je trouve des excuses bidon pour annuler le café hebdomadaire, je me mens, parce que je me dis encore et toujours que ça ira mieux demain.

Mon seul répit c’est de prendre encore un autre livre, de vivre quelques heures dans un monde où mes émotions sont générées par les malheurs ou les bonheurs d’autres. personnages de papiers glacés ( enfin d’encre électronique on va pas chipoter pour si peu) dont les vies me font oublier la mienne morne, si morne.

Je suis frustrée.

Donc évidemment Superchéri à lire ça, était tout inquiet – après tout il sait que je souffre d’une forme relativement aiguë de page blanchite ces jours – et a commencé à me tenir la jambe.

Alors maintenant que je suis calmée je comprends tout à fait pourquoi il a pu penser ça, et apprécie le fait qu’il se soit enquis de mon état, mais sur le moment le pauvre, il a pas compris ce qui lui arrivait!

Il s’est fait recevoir vertement, en substance s’il avait pas encore compris que biiiiiip il me faisait biiiiiiiiip à venir lire sur mon épaule, et pas être foutu de comprendre que j’étais en train d’écrire un truc de fiction à propos d’une nana en pleine crise existentielle profonde pendant une partie de l’histoire, et pas de moi…

que c’était super sympa, 5 jours que je me bats pour rentrer dans mon bouquin, mes personnages, et que moralité il m’en sort manu militari pour de mauvaises raisons…

Ah voui parce qu’inutile de préciser que du coup l’élan était coupé, à avoir mon mari qui me demande si c’est si dur que ça et si je déprime à ce point avec ma page blanche, j’ai été tellement vexée qu’impossible de me remettre dans la peau dans mon héroïne en crise sur le reste de la journée

Superchéri a battu assez rapidement en retraite, histoire de se protéger de la furie – oui oui je parle bien de moi, j’aurais eu un truc pas dommage sous la main il se le serait potentiellement reçu en pleine figure- et quelque chose me dit qu’il va éviter dorénavant de tirer des conclusions du genre, s’il s’amuse à lire sur mon épaule à nouveau dans le futur.

Enfin voilà, en attendant c’est page blanche le retour – encore que… j’ai au moins réussi à écrire un billet ce matin, c’est mieux que rien, et la journée ne fait que commencer.

Je crois qu’une des raisons derrière le phénomène, c’est la fièvre de fin d’année scolaire: on est à moins d’un mois du séjour annuel en Suisse.

Le mélange habituel d’anticipation – le plaisir de revoir tout le monde, tous ces petits délices suisses que je vais m’offrir-

et de lassitude face à aux petits tracas qui vont avec – les trucs à organiser, les bagages à faire, la liste des trucs à prendre, la fatigue, le décalage horaire et le fait que le temps est limité et que dire bonjour veut aussi dire au revoir, mouais je fais ma crise de blues à l’idée de dire au-revoir pour un an à tout le monde AVANT même d’être partie!

Mouais je sais je me prends trop la tête parfois! Mais je crois que je ne suis pas la seule à vivre ces retours annuels comme un double séjour…

C’est schizophrénique.

Ça pousse parfois certains à reculer devant le fait de rentrer. Les raisons sont diverses, ça fait trop, trop de tracas, trop de jalousies, trop de poids sur des épaules déjà bien pleines et parfois la nécessité de se simplifier la vie et d’éviter l’obstacle.

Mes étés sont pourtant, ne vous y trompez pas – presque – aussi importants que l’air que je respire à mon équilibre, l’occasion de transmettre plein de choses à ma fille sur son pays de passeport, de voir les lieux et les gens qui nous sont chers, de mettre à jour un peu quand même ma conception du quotidien de mon pays d’origine qui évolue en mon absence.

C’est surtout ces liens qu’on tisse et renoue avec ces personnes qui nous sont chères, mais dont la présence dans le quotidien de nos vies nous manquent d’autant plus quand on rentre.

On peut essayer de s’épuiser à voir et profiter de tout le monde, mais on ne fait que rentrer plus frustrés parce qu’on aurait pu, du faire mieux, et qu’on touche du doigt tout ce dont on passe à côté à vivre à l’autre bout de la planète.

Quelque part, le mensonge de l’expatriation face à l’immigration c’est nous faire vivre dans l’illusion qu’on peut garder le pied dans les deux mondes, alors qu’en pratique même si on se laisse aller à le croire, on perd pied face aux vraies réalités de la vie dans notre pays d’origine.

Parce que ce monde évolue en notre absence, alors que l’image qu’on en a ne change pas.

Et je suis déchirée… chaque année…

Parce que même si j’échangerais pour rien au monde ces moments en famille, avec mes amis, c’est sciemment m’exposer au fait de souffrir:

souffrir du décalage et des remises à niveau entre mes perceptions et les leurs
souffrir de voir ce que j’ai manqué, ce que je manque de leur vie
souffrir de ne pas en profiter autant que j’aimerais, de ne jamais pouvoir réussir à compenser en quelques semaines 11 mois d’absence.
souffrir de les laisser derrière moi pendant un an à nouveau, sachant que la prochaine fois ce sera rebelotte pour toutes les étapes précitées.

Et quand on le dit comme ça, on se dit que je suis maso hein…

Cette ambivalence devient de plus en plus dure à gérer avec le temps, je trouve, parce que les fossés se creusent inexorablement, et que de base dans mon caractère il y a un réflexe de protection qui fait que j’aurais tendance à fermer les portes pour me protéger – ce que j’ai fait avec le Japon d’ailleurs – et que c’est un effort conscient de lutter contre.

D’autant plus que je suis seule dans cette lutte, Superchéri a, c’est pas un secret, lui fermé la porte depuis quelques années, et avance sans regarder en arrière.

Enfin voilà… pour ceux et celles qui m’attendent en Suisse, croyez pas que je regrette de venir une seule seconde, que je me réjouisse par de vous revoir, c’est juste que j’ai déjà le blues de devoir vous quitter… et le sentiment qu’à venir même si ce sera beaucoup de plaisir, ce sera aussi l’occasion de retourner le couteau dans la plaie de l’absence.

Le fait qu’Heidi a l’air elle aussi d’être rentrée dans la fièvre de fin d’année aide pas: elle nous fait des nuits à trous, les endormissements sont longs… je vais devoir me fâcher un grand coup pour redescendre un poil son taux d’angoisse ( version je lui hurle dessus comme une vache et tout l’immeuble en tremble, pas vraiment sympa comme sentiment de me dire qu’être vache et injuste avec ma fille va être ma seule porte de sortie pour la faire redescendre sur terre un chouia )

En attendant du coup c’est le yoyo entre le fait de me plonger dans mes textes et oublier tout le reste, et le fait que non, j’ai plein – trop? – de trucs à faire pour la fin de l’année et qu’il faut sérieusement que je m’y mette!

Ça n’aide pas ma page blanchite 🙂

Aller… une bonne journée à vous!

 

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