au Japon,  la miss

Un an au Japon, épisode I

Coucou du mardi!

 

 

On prend les mêmes et on recommence à la maison.

Quand on sait que dans moins de 3 semaines mademoiselle est en vacances scolaires… ça donne presque envie de pleurer.

Je bosse quand moi? Mouais je sais je me lamente… mais on va dire que c’est la première fois que je suis exposée à ce point-là à l’effet secondaire du phénomène bosser à la maison quand on a son enfant malade à la maison et que ça dure. Et on peut dire que pour le moment j’ai de loin pas l’impression de passer l’épreuve haut la main 🙁

Parce que ce matin soit, elle m’a pas mis Winx Club, mais il était une fois, mais du coup j’ai le commentaire au fur et à mesure des épisodes «  oh tu as vu les hommes des cavernes ils utilisent la peau des mammouths pour faire des habits, oh tu as vu quand quelqu’un il meurt ils le mettent dans un trou »

Purée vivement qu’elle soit guérie et retourne à l’école!

Comment dire pas terrible pour rester concentrée dans mon sujet. D’autant plus que sur l’édition des archives, j’arrive sur les chapitres les plus sensibles de 2010 – qui on peut l’admettre à posteriori, a été une annus horribilis dans le plein sens du terme – et que de la concentration j’en ai besoin, vu que certains textes ont besoin de plus d’édition que d’habitude. Je remue des choses qui me donne parfois de laisser le tout dans le passé, plutôt que de chercher comment en parler.

-Et que du coup la distraction de fille chérie qui prend bien de la place au salon, est d’autant plus pénible à ignorer! –

Bon! Assez pleurniché!

Je vous avais promis une série sur le Japon… La voilà!

 

 

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Je sais pas trop combien de temps elle va s’étaler, on verra 🙂

Donc la mère meri au Japon, c’est une aventure qui s’est étalée de mars 1998 à février 1999. Je suis partie en échange d’étudiant avec l’AFS.

L’AFS– pour american field service- est une organisation sans but lucratif qui depuis la fin de la seconde guerre mondiale propose des échanges d’étudiants en immersion, au départ entre les USA et l’Europe et maintenant un peu partout dans le monde, parce que le groupe d’infirmiers vétérans américains – qui ont fait les deux guerres mondiales- sont partis du principe qu’en apprenant à nous connaître en profondeur, nous n’en arriverions plus jamais à cet immense gâchis qu’ont été les deux grandes guerres.

Donc le but est simple: on part quasi un an, entre l’âge de 15 et 18 ans, en immersion dans une famille d’accueil. La famille est bénévole. On va à l’école locale, on vit autant que possible la vie d’un enfant du pays.

Bon alors l’AFS c’est posé, maintenant, faut planter le décor de la mère meri à 16 ans.

J’étais une ado hyper-raisonnable.

Mes conneries les plus graves, ça a été sécher les cours et aller réfléchir au sens de la vie dans les parcs à l’autre bout de la ville – histoire de ne pas me faire prendre quoi! Non parce que vu que j’avais subtilement contrefait l’écriture de ma mère pour expliquer que j’étais malade, mieux valait que je me fasse pas prendre –

Moins glamour, les chantages au suicide pour la nouvelle veste Chevignon – si si, j’ai osé faire ça, mais cette fois-là ma mère ayant ouvert la fenêtre et m’ayant dit avec un grand sourire «  bin vas-y saute ma chérie! ! » c’est un peu parti en eau-de-boudin 🙂 –

J’étais une nerd sans-amie qui était plus heureuse à trainer à la récréation avec dans la bibliothèque avec le bibliothécaire et quelques autres à refaire le monde et échanger sur nos lectures du moment, qu’à discuter copains, clope et derniers habits à la mode.

Je faisais des efforts pourtant pour passer inaperçue: je travaillais pas – pas fait mes devoirs une seule fois en 3 ans de cycle ou presque- des fois, je m’incrustais aux soirées et je m’emmerdais royalement à regarder les autres boire et fumer. Je me mettais aux modes vestimentaires du moment, mais toujours avec un temps de retard et du coup le remède était presque encore pire que le mal.

J’admirais énormément une amie qui elle semblait hermétique à tout ça et restait elle-même quoi qu’il arrive.

Bref, on peut dire que mes années d’adolescence ont pas été les plus simples de ma vie.

Là dessus. j’arrive au Collège ( Lycée pour les françaises qui me lisent, Gymnase pour les suisses-romandes pas genevoises 🙂 )

Et j’ai une grosse crise d’identité, je sais pas trop ce que je me veux, je m’ennuie mortellement en classe – si si- je hais ma prof d’allemand et du coup mes notes en allemand plongent

( déjà qu’elles étaient pas glorieuses – un effort calculé pour ne PAS être trop bonne partout, sur toutes mes années de secondaire j’ai toujours eu 2 branches au ras-les-pâquerettes avec un art consommé, les langues étaient un coupable idéal, dans l’optique ou ne pas travailler pour apprendre le vocabulaire était un moyen simple de faire baisser mes moyennes.)

Mais bon pour les faire remonter, il aurait peut-être fallu que je fasse l’effort d’apprendre mon vocabulaire, c’est juste que faire mes devoirs c’était toujours contre ma religion et que comme je pouvais pas voir ma prof en peinture, c’est sûr que j’allais pas me décarcasser 🙂

Du coup ma maman commence à me harceler – si si, en tout cas c’est comme ça que je le ressentais à l’époque- pour que je fasse un échange d’étudiant. Les mois d’été en Allemagne ce serait excellent pour me faire dépasser ce petit blocage idiot qui faisait que je ne m’exprimais pas en allemand. A la limite tu pourrais aller en Angleterre aussi, vu que tu veux tellement apprendre l’anglais, ma chérie.

Moi je voulais pas! Je voulais rester dans mon petit univers, à décortiquer semaine par semaine le programme TV pour savoir quelle série TV je devais absolument voir sinon mon monde cesserait de tourner, et quand j’ai vu l’annonce pour la réunion d’information pour l’AFS en début de ma seconde année de Collège ( à Genève c’est sur 4 ans 😉 ) j’ai décidé d’y aller pour amasser les arguments pour décourager définitivement ma mère et faire en sorte qu’elle cesse de m’en parler une bonne fois pour toute.

Dire que c’est pas exactement ce qui s’est passé au final est un euphémisme.

Vu que deux heures plus tard je suis rentrée à la maison, et j’ai dit à ma mère: «  maman c’est décidé je pars au Japon un an! »

Encore aujourd’hui je sais pas expliquer pourquoi le Japon. J’ai jamais été spécialement accro au Japon avant cela – je faisais pas partie des accros au manga par exemple. Le sushi était pas encore devenu un aliment mondialement connu. Je sais juste que pendant la présentation, une jeune fille partie en Malaisie m’a donné des frissons et une contagieuse envie de vivre les mêmes émotions, et que l’énonciation de la liste des pays possibles a déclenché un flash de certitude. Quand ils ont dit Japon, je me suis dit «  c’est là que je veux aller! »

Et la réunion terminée, dans les 5 minutes à pieds de trajet pour rentrer chez moi, j’ai monté près de 2 heures d’argumentaire pour persuader mes parents de me dire oui.

Ils m’ont demandé 24h de réflexion et ont dit oui, à condition bien sûr que je fasse seule toutes les démarches.

Et moi, qui était la reine de la procrastination, j’ai tout fait…

Y compris mon premier aller-retour à Berne – en solitaire- pour aller demander mon visa étudiant à l’ambassade du Japon – Je vous dis pas le stress, perdue au milieu de la suisse-allemande – de ces moments ou je regrettais mon manque d’enthousiasme pour mes cours d’allemand- à une époque où tu avais pas encore Google Maps qui tournait en temps réel sur ton smartphone et te rassure sur le fait que tu es toujours dans la bonne direction.

J’ai bossé pour l’école pour la première fois de ma vie. En effet, j’ai appris que si j’avais des bonnes moyennes, je pourrais réintégrer ma classe à mon retour – donc sauter une année de Collège l’air de rien- et comme j’avais pas spécialement envie de passer un an de plus au Collège, je me suis motivée.

Et en mars 1998, j’ai pris mon premier vol long courrier, au départ de Zurich, direction le Japon. Nous étions 5 suisses à partir au Japon. à Helsinki on a retrouvé les français – les départs et arrivées des AFSeurs sont autant que possible coordonnées, et on arrivait presque tous en même temps à destination. Un vol de nuit où je n’ai pas fermé l’oeil – et le temps est long à une époque ou question films le choix c’était 2 films pour tout le monde via les écrans épars dans l’avion-

On a eu droit à un camp d’introduction de 2 jours, très utile pour les personnes qui comme moi avaient pas ouvert le joli bouquin de langue fourni par l’AFS Japon, à Nagoya avant de rejoindre ma famille d’accueil.

Pendant un an, j’allais vivre dans une famille de la classe moyenne japonaise. Ils ont une jolie maison dans la « petite » ville d’Okazaki, travaillent les deux, grâce à la présence à la maison de la grand-mère paternelle qui gère la maison.

Ils ont deux filles, l’ainée a mon âge, la cadette le même âge que tonton-fighting. Ils accueillent quelqu’un à l’insistance de leur fille aînée, qui aurait bien aimé partir, mais c’est vu refuser la permission, et qui du coup les a persuader d’accueillir quelqu’un comme solution de repli.

Pendant un an… ils seront MA famille.

 

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C’est un peu dur à expliquer, mais quelque part, même si j’y suis allée avec mes gros sabots de suisse qui était jamais sortie de son pays ou presque, avec les certitudes d’une jeune de 16 ans, et mon identité; le fait est que plongée dans un monde ou j’étais analphabète, incapable de m’exprimer, où tout était quand même vachement différent.

Ils ont été presque aussi essentiels dans mon année que mes vrais parents, dans le développement de la personne qui a émergé de cette année en immersion.

Ça peut paraître injuste de le dire comme ça, les proportions de temps sont radicalement différentes, mes parents m’ont accompagné à une période ou j’étais véritablement dépendante d’eux. Et pourtant, lost in translation à Okazaki, loin des miens, j’ai développé une affection intense pour mes japonais, à l’échelle des sentiments de cette année-là.

Mais au fait qu’est-ce-que j’y ai fait au Japon? La suite au prochain épisode 😉

Je vous souhaite une bonne journée!

 

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